Une étude récente de la Fondation pour l'innovation politique (téléchargement)montre que les jeunes Français battent des records de morosité. Confrontés à 20 000 autres jeunes de différents pays, ils sont les plus pessimistes. Frileux, redoutant l'ouverture de la mondialisation, n'espérant pas grand chose de la vie, ils pensent être incapables de faire bouger la société. Punaise.
Une des questions traitait de la bonne volonté "à payer pour les âgés". Les Chinois se sentent les plus solidaires devant les Russes et les Indiens, les Scandinaves, les Américains et les Britanniques. Les Français : bons derniers.
Normal. Les vieux, c'est nous alors nous le valons bien.
Bien sûr ce sont nos pères et mères qui ont fait le monde dans lequel nous avons vécu. Mais c'est nous qui en avons profité. Nous avons eu la chance incroyable dans l'histoire du monde de connaître la paix. La vraie. Nous ne connûmes les guerres coloniales que de loin ou sous forme de manifestations de rue. Nous avons vu naître l'Europe, c'est à-dire la paix. Nous avons vu le début de la conquête spatiale, la découverte des premières exoplanètes connues. Applaudi à la fin de la peine de mort qui nous mettait dans le groupe des Nations civilisées. Nous avons vu le pays s'enrichir de façon extraordinaire : la douche, la bagnole et le réfrigérateur pour presque tous. Nous avons connu les premières écoles mixtes. Nous avons connu les vacances et les voyages.
Nous avons fait sauter les carcans que nos pères conservaient pieusement des ancêtres. Ce fut notre rôle. Nous avons libéré la parole, les corps et la sexualité. Enfin fait avancer la cause des femmes. Ouvert les études à presque tous. Fait la route des Indes. Nous avons même réussi à gagner notre vie. Nous avons eu tous les bonheurs. Et en plus ils faudraient qu'ils payent nos retraites en nous écoutant répéter que nous vivons une époque formidable ! Et qu'ils soient contents de le faire ! Non.
Mais tout de même qu'ils n'écoutent pas trop la poignée de Pétainistes hargneux et peine-à-jouir que l'on entend trop dire et répété que les "malheurs des temps" (quel malheur d'ailleurs ?) seraient du à la génération de 68. Ne savez-vous pas qu'il est vain de se lamenter ? Ne savez-vous pas qu'il est bon de regarder le monde changer ?Au lieu de ratiociner comme des vieillards (ceux d'avant), feriez mieux de secouer un peu le cocotier, nom de dieu!
Ici je peux raconter ce que je veux en terminant mes phrases, une occasion rare dans la vie... Mais si vous êtes d'une autre opinion n'hésitez pas à donner votre commentaire.
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11 janvier 2008
30 mars 2006
criminel
L’histoire retiendra peut-être que l’affaire avait commencé par l’initiative solitaire d’un premier ministre qui voulait faire semblant d’agir et se heurta à des opposants qui firent semblant de protester. En durant le conflit devint presque réel.
Quelle qu’en soit l’issue on peut déjà dresser un bilan. Il a réussi à unir les syndicats, requinquer l’opposition de gauche et diviser son propre camp, voilà de risibles maladresses.
Avoir ruiné une réflexion nécessaire sur les contrats de travail et conforté beaucoup de Français dans leur penchant immobiliste, est certainement beaucoup plus grave. Avoir désespéré encore un peu plus une jeunesse déjà écœurée par le manque de considération, —quelle joie y a-t-il à être une « variable d’ajustement » ?— une jeunesse déjà condamnée à vivre aux crochets de ses parents, c’est dramatique. Mais l’avoir poussée à épouser les vieux mythes nationaux : attendre son salut d’un Etat réputé protecteur et espérer un emploi à vie, c’est aujourd'hui un crime !
Quelle qu’en soit l’issue on peut déjà dresser un bilan. Il a réussi à unir les syndicats, requinquer l’opposition de gauche et diviser son propre camp, voilà de risibles maladresses.
Avoir ruiné une réflexion nécessaire sur les contrats de travail et conforté beaucoup de Français dans leur penchant immobiliste, est certainement beaucoup plus grave. Avoir désespéré encore un peu plus une jeunesse déjà écœurée par le manque de considération, —quelle joie y a-t-il à être une « variable d’ajustement » ?— une jeunesse déjà condamnée à vivre aux crochets de ses parents, c’est dramatique. Mais l’avoir poussée à épouser les vieux mythes nationaux : attendre son salut d’un Etat réputé protecteur et espérer un emploi à vie, c’est aujourd'hui un crime !
16 novembre 2005
C'est la racaille, eh bien, j'en suis !
Avant-hier, le président de la République nous a fait un beau discours. Il a dit aux jeunes qu’ils étaient les enfants de la République et c’était la chose à dire depuis si longtemps. Je l’aurais cru plus sincère s’il l’avait dit plutôt ! Il a fait auparavant une lourde allusion à l’immigration clandestine, s’il y a un rapport, il me semble éminemment suspect. Enfin à la fin il a précisé que les actes devaient être en accord avec les paroles. Venant de Chirac chacun sait depuis des années à quoi sans tenir.
Hier le parlement a voté l’état d’urgence pour trois mois. Il n’y avait presque personne dans l’hémicycle, c’est dire que les députés croient au péril qui nous menace. Les godillots ont voté pour. Les socialistes ont mis du temps à se décider à voter contre. Les verts et les communistes pouvaient le faire sans état d’âme. Chacun connaît bien son électorat. Voilà où nous en sommes, un texte écrit pour se défendre de graves dangers est utilisé à des fins strictement électoralistes. On sait que ce texte qui permet de s’affranchir du respect des droits de l’homme a été très peu utilisé dans le passé. Je me sens d’ailleurs personnellement vexé, rétroactivement, que le gouvernement n’y ait pas eu recours en 1968.
Nous en sommes donc là. Un ministre de l’Intérieur qui prétend que nous sommes en guerre contre la « racaille » ; un Etat, incapable de remplir sa mission de rétablir l’ordre pendant presque trois semaines et un pays qui a peur de quelques gamins turbulents*.
Vous souvenez vous de cette chanson :
C'est l'homme à la face terreuse
Au corps maigre, à l'oeil de hibou,
Au bras de fer à main nerveuse
Qui sortant d'on ne sait pas où
Toujours avec esprit vous raille
Se riant de votre mépris
C'est la racaille
Eh bien, j'en suis !
C'est l'enfant que la destinée,
Force à rejeter ses haillons
Quand sonne sa vingtième année
Pour entrer dans nos bataillons.
Chair à canons de la bataille
Toujours il succombe sans cris...
C'est la racaille
Eh bien, j'en suis !
Paroles et musique de J. Darcier et J.B. Clément (1871).
*Si j'en crois le juge du tribunal des enfants de Bobigny, ce sont des gosses non connus des services de police issus de familles "ordinaires" contrairement au portrait dressé par l'histrion du Ministère de l'Intérieur et des Cultes.
Hier le parlement a voté l’état d’urgence pour trois mois. Il n’y avait presque personne dans l’hémicycle, c’est dire que les députés croient au péril qui nous menace. Les godillots ont voté pour. Les socialistes ont mis du temps à se décider à voter contre. Les verts et les communistes pouvaient le faire sans état d’âme. Chacun connaît bien son électorat. Voilà où nous en sommes, un texte écrit pour se défendre de graves dangers est utilisé à des fins strictement électoralistes. On sait que ce texte qui permet de s’affranchir du respect des droits de l’homme a été très peu utilisé dans le passé. Je me sens d’ailleurs personnellement vexé, rétroactivement, que le gouvernement n’y ait pas eu recours en 1968.
Nous en sommes donc là. Un ministre de l’Intérieur qui prétend que nous sommes en guerre contre la « racaille » ; un Etat, incapable de remplir sa mission de rétablir l’ordre pendant presque trois semaines et un pays qui a peur de quelques gamins turbulents*.
Vous souvenez vous de cette chanson :
C'est l'homme à la face terreuse
Au corps maigre, à l'oeil de hibou,
Au bras de fer à main nerveuse
Qui sortant d'on ne sait pas où
Toujours avec esprit vous raille
Se riant de votre mépris
C'est la racaille
Eh bien, j'en suis !
C'est l'enfant que la destinée,
Force à rejeter ses haillons
Quand sonne sa vingtième année
Pour entrer dans nos bataillons.
Chair à canons de la bataille
Toujours il succombe sans cris...
C'est la racaille
Eh bien, j'en suis !
Paroles et musique de J. Darcier et J.B. Clément (1871).
*Si j'en crois le juge du tribunal des enfants de Bobigny, ce sont des gosses non connus des services de police issus de familles "ordinaires" contrairement au portrait dressé par l'histrion du Ministère de l'Intérieur et des Cultes.
15 avril 2005
triste
Hier soir, j’ai regardé la télévision. Je craignais le pis de ce show : Chirac face à la jeunesse du pays (version panel représentatif) et quelques animateurs de variétés en prime. L’émission m’a semblé excellente. Mais ce matin en écoutant les radios, un déplacement en voiture me permettait de faire un tour des ondes, j’ai compris que les journalistes avaient tranché : c’était nul. A l’exception notable d’Alexandre Adler sur France Culture, je n’entendis personne défendre ni le principe, ni la prestation de Chirac. Déçus peut-être de l’absence de la corporation sur le plateau pour stimuler l’orateur, ils ont trouvé que le président n’avait rien à dire et ironisé sur son appel répété à ne pas avoir peur.
Il me semble pourtant que Chirac a bien saisi ce qui se passait. Cette jeunesse est apparue sans projet, sans avenir, le nez rivé sur ses soucis de proximité. Quelques jeunes étudiantes tenant des propos dignes de « sciences-po » ne faisaient que souligner le caractère général du tableau.
Si les jeunes Français semblent si frileux, insensibles à l’air du large de peur de s’enrhumer, à qui la faute ? Pourquoi seraient-ils différents –a priori- des générations précédentes ? La responsabilité, à mon sens, est à partager entre les politiques, les médias et les éducateurs. Je sais qu’on dit toujours qu’il est trop facile de s’en prendre à ceux-là et ils ont des hauts parleurs pour le faire savoir. Mais à force de cultiver la raison technocratique imperméable, le fait divers monté en neige et le misérabilisme décoloré, ils ont réussi à ce que les jeunes ne soient plus que des (télé) spectateurs attristés d’un monde réputé dangereux. L’un d’entre eux a même fait remarquer que Chirac ne connaissait pas la réalité parce qu’il ne regardait pas la télévision ! Voilà ce que nous avons vu et entendu hier.
Ce renoncement, ce repli face à l’avenir, au monde qui bouge est sans doute plus à craindre qu’un "non" au référendum. Transformer les jeunes en vieux, c’est un crime.
Il me semble pourtant que Chirac a bien saisi ce qui se passait. Cette jeunesse est apparue sans projet, sans avenir, le nez rivé sur ses soucis de proximité. Quelques jeunes étudiantes tenant des propos dignes de « sciences-po » ne faisaient que souligner le caractère général du tableau.
Si les jeunes Français semblent si frileux, insensibles à l’air du large de peur de s’enrhumer, à qui la faute ? Pourquoi seraient-ils différents –a priori- des générations précédentes ? La responsabilité, à mon sens, est à partager entre les politiques, les médias et les éducateurs. Je sais qu’on dit toujours qu’il est trop facile de s’en prendre à ceux-là et ils ont des hauts parleurs pour le faire savoir. Mais à force de cultiver la raison technocratique imperméable, le fait divers monté en neige et le misérabilisme décoloré, ils ont réussi à ce que les jeunes ne soient plus que des (télé) spectateurs attristés d’un monde réputé dangereux. L’un d’entre eux a même fait remarquer que Chirac ne connaissait pas la réalité parce qu’il ne regardait pas la télévision ! Voilà ce que nous avons vu et entendu hier.
Ce renoncement, ce repli face à l’avenir, au monde qui bouge est sans doute plus à craindre qu’un "non" au référendum. Transformer les jeunes en vieux, c’est un crime.
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