Ici je peux raconter ce que je veux en terminant mes phrases, une occasion rare dans la vie... Mais si vous êtes d'une autre opinion n'hésitez pas à donner votre commentaire.
14 décembre 2006
responsable
Pour les juristes, la force majeure est un évènement extérieur, irrésistible. Ils hésitent sur "imprévisible", car la force majeure est une trop belle machine à fournir des alibis d'irresponsabilité. Au fond je reste persuader que les causes extérieures n'ont pas d'importance, que seule compte la façon dont on y répond. Nous ne pouvons rien changer aux autres mais nous sommes responsables de notre destin. Pas de liberté sans responsabilité, on sait depuis La Boétie que la majorité s'en effraie.
13 décembre 2006
Sartre et Aron
Vu ces deux derniers soirs avec une certaine émotion le film de Goretta consacré à Sartre et Beauvoir. Je me suis souvenu très vite de cette phrase de notre jeunesse, d’ailleurs répétée dans le scénario : « il faut mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aron ». Comment pouvions-nous être aussi cons ? Pas pour donner raison à Aron mais pour émettre une telle sottise au plan de la logique. Car enfin Aron avait raison certes de dénoncer l’engrenage infernal et mortel des révolutions, mais Sartre n’avait pas tort de refuser l’acceptation de l’ordre établi. Les révolutions dévorent leurs enfants et conduisent à la dictature, l’ordre établi exige au final la soumission aveugle au pouvoir et l’abandon de notre liberté. Mais je ne reprocherai rien à personne, il m’a fallu quarante ans pour comprendre que la solution était ailleurs. Dans la désobéissance civile et pacifique prônée par Thoreau et d’autres. Nous l’avons bien vu lors de la chute du Mur comme dans d’autres exemples plus anciens, si le peuple, en masse, dit simplement : non, nous ne voulons pas de ça, le pouvoir ne peut plus rien. J'en tire la conclusion pratique qu'il ne nous reste qu'à nous opposer systématiquement à toute forme de manifestation du pouvoir, à chaque instant.
12 décembre 2006
candidat-e-s au poste de père à tous
On nous dit un peuple "pétri d'histoire". Les Français plus que d'autres ? Est-ce que partout les morts encombrent les vivants et les crimes fondateurs empoisonnent l'existence ?
Dans certains pays du Nord, la monarchie n'est qu'un élément de décor d'un pouvoir démocratique depuis plus de mille ans ; on ne sent pas la trace du crime. A l'inverse en Russie, par exemple, on essaye de noyer dans la terreur, le meurtre de masse et la vodka la revendication d'identité en cachant l'origine suédoise (varègue) de la monarchie.
La France quant à elle, fut ce royaume "enchanté" où le pouvoir tenait sa légitimité de dieu le père. Pour en venir à bout nos ancêtres durent un jour tuer le père. Crime irréparable rendant à jamais la république bâtarde, les Français plus soucieux d'égalité que de liberté et très peu démocrates. Car il faut tenter de se faire pardonner.
De Gaulle avait bien compris ce besoin en promulguant une constitution "paternaliste" que son adversaire le plus farouche, François Mitterand, mit à profit lorsqu'il fut à son tour au pouvoir. Car enfin le "père" doit tirer sa légitimité de quelqu'un ou de quelque chose.
Nous avons aujourd'hui un duo de candidats qui postulent à la figure paternelle en tentant de montrer leur caractère "sévère mais bon". Leur enfance que l'on nous dit médiocre ne leur facilite pas la tache et leur problème majeur reste d'avoir un profil typique de second couteau et non de père. L'un dans le genre Bayard, l'autre dans le genre Jeanne d'Arc.
Le troisième larron Le Pen, lui, est un instinctif, je parierais qu'il a bien compris la situation. Je gage qu'il va rapidement tenter de se présenter en puissance paternelle, ne plus parler des immigrés, mais des étrangers, le reste du discours commun (sécurité, éducation, pouvoir d'achat) est bon pour lui pourvu qu'il n'oublie pas d'être "rassembleur". Attendez-vous à l'entendre parler ainsi et dites vous que cette fois "ça craint pour de bon"...
Dans certains pays du Nord, la monarchie n'est qu'un élément de décor d'un pouvoir démocratique depuis plus de mille ans ; on ne sent pas la trace du crime. A l'inverse en Russie, par exemple, on essaye de noyer dans la terreur, le meurtre de masse et la vodka la revendication d'identité en cachant l'origine suédoise (varègue) de la monarchie.
La France quant à elle, fut ce royaume "enchanté" où le pouvoir tenait sa légitimité de dieu le père. Pour en venir à bout nos ancêtres durent un jour tuer le père. Crime irréparable rendant à jamais la république bâtarde, les Français plus soucieux d'égalité que de liberté et très peu démocrates. Car il faut tenter de se faire pardonner.
De Gaulle avait bien compris ce besoin en promulguant une constitution "paternaliste" que son adversaire le plus farouche, François Mitterand, mit à profit lorsqu'il fut à son tour au pouvoir. Car enfin le "père" doit tirer sa légitimité de quelqu'un ou de quelque chose.
Nous avons aujourd'hui un duo de candidats qui postulent à la figure paternelle en tentant de montrer leur caractère "sévère mais bon". Leur enfance que l'on nous dit médiocre ne leur facilite pas la tache et leur problème majeur reste d'avoir un profil typique de second couteau et non de père. L'un dans le genre Bayard, l'autre dans le genre Jeanne d'Arc.
Le troisième larron Le Pen, lui, est un instinctif, je parierais qu'il a bien compris la situation. Je gage qu'il va rapidement tenter de se présenter en puissance paternelle, ne plus parler des immigrés, mais des étrangers, le reste du discours commun (sécurité, éducation, pouvoir d'achat) est bon pour lui pourvu qu'il n'oublie pas d'être "rassembleur". Attendez-vous à l'entendre parler ainsi et dites vous que cette fois "ça craint pour de bon"...
10 décembre 2006
parti
Je viens d'atterrir. Il ne faut jamais parler que des départs, les arrivées sont sans intérêt. Très peu de poèmes ont été composés sur les fins de voyage. Restons en partance.
09 décembre 2006
libéral
Au fond il y a des jours où l'on a rien à dire, personnellement. Si vous avez des états d'âme vis-à-vis du libéralisme ou si vous vous inquiétez de ce que la France est l'un des seuls pays où le terme soit péjoratif ou encore si vous avez remarqué que l'idée de libéralisme n'est pas nécessairement à l'origine un concept économique, toutes questions qui ont un sens dans le monde d'aujourd'hui, je vous invite à voir le site de The State of Word Liberty Project .
08 décembre 2006
le bon goût bio
En Normandie, j'ai des cousins éleveurs, tendance écolo. Chez eux tout est bio et cela a bon goût, je peux vous le dire. Mais voilà patatras, l'élevage, qui est en extension rapide sur la planète, produit plus de gaz à effet de serre que la totalité des moyens de transport. Cela donne à réfléchir, non ?
J'ai trouvé cela sur : www.fao.org/newsroom/en/news/2006/1000448/
J'ai trouvé cela sur : www.fao.org/newsroom/en/news/2006/1000448/
07 décembre 2006
étatisé
Grève des trains sur ma ligne "RER" de banlieue. SUD-rail parle du "ras-le-bol généralisé des conducteurs (...) face à "des augmentations de productivité (qui) répondent à des impératifs économiques liés à la mise en concurrence des transports ferroviaires" (vous avez le droit de relire cet exemple de langue de bois) . Mais le préavis est illimité et la grève devrait s'étendre (promesse de gueule de bois ?). Il y a un certain nombre de communistes autour de moi, c'est normal compte tenu de l'endroit où je vis : la banlieu dite "rouge". On peut discuter. Car désormais la ligne officielle du parti prévoit de parler avec "les gens". Un des sujets que j'adore concerne la défense du service public. Je suis totalement pour la garantie du service public -avec des cahiers des charges bien bordés- comme dans tout pays civilisé. Mais nous ne parlons pas de la même chose car pour mes amis la défense du service public c'est la défense de la fonction publique et de l'Etat. Et là je ne suis plus d'accord. J'ai trouvé une botte à essayer dans la prochaine discussion (qui ne va pas manquer car la grève continue) : Est-ce que par hasard Marx et Lénine avaient parlé de renforcement de l'appareil d'Etat ou était-ce de dépérissement ? Il est vrai que, plus que les discours des pères fondateurs, l'histoire réelle de l'URSS a du marquer les esprits pour toujours : l'Etat, c'est bien, c'est sérieux, c'est protecteur, cela dispense de penser, cela prend vos responsabilités. Tous fonctionnaires même si c'est au goulag ... Quel rêve ! Allez ça vaut bien une grève et la marche à pied tous les matins !
06 décembre 2006
aimanté
Quand j'avais vingt ans, je pratiquais l'angine à répétitions et l'accident de la route, non comme responsable mais comme victime ! Et puis un jour j'ai décidé que c'était terminé. Je n'ai plus jamais eu d'angine et ma série de sept accidents s'est arrêté. je souligne que ma conviction était totale. Touchons du bois quand même tête de pioche : quarante ans sans accident ni contravention !
Tout ce qui m'est advenu jusque là, des maux et des bonheurs, des accidents, des personnes, des situations, ... est venu comme si je l'avais attiré. Au fond je m'imagine à tort ou raison que tout ce que vous voulez vraiment vous le pouvez. C'est avec cette conviction profonde mais inavouée jusqu'alors que j'ai assuré durant des années des stages pour chômeurs puis formé des apprentis. Et cela a marché : quand on est totalement libre d'esprit et donc crédible, on peut même demander aux autres ce qu'ils veulent, ce qu'ils veulent "pour de vrai". S'ils le savent et s'ils vous le disent, -et les réponses sont parfois surprenantes- allez hop ! plan d'action. Je propose de nommer cela l'aimantation car il y faut un kilo d'amour de soi et une once des autres.
Tout ce qui m'est advenu jusque là, des maux et des bonheurs, des accidents, des personnes, des situations, ... est venu comme si je l'avais attiré. Au fond je m'imagine à tort ou raison que tout ce que vous voulez vraiment vous le pouvez. C'est avec cette conviction profonde mais inavouée jusqu'alors que j'ai assuré durant des années des stages pour chômeurs puis formé des apprentis. Et cela a marché : quand on est totalement libre d'esprit et donc crédible, on peut même demander aux autres ce qu'ils veulent, ce qu'ils veulent "pour de vrai". S'ils le savent et s'ils vous le disent, -et les réponses sont parfois surprenantes- allez hop ! plan d'action. Je propose de nommer cela l'aimantation car il y faut un kilo d'amour de soi et une once des autres.
05 décembre 2006
présidentiable
Gesticulations des candidats à la présidentielle sur le front du Moyen Orient. Qui voudra encore nous faire croire que l'élection d'un-e président-e au suffrage universel a un quelconque rapport avec la démocratie ? L'exercice veut que l'on promette la lune aux Français avant d'être élu. Or l'immense majorité d'entre eux sont ennuyés par la politique étrangère. Il y a belle lurette que les journaux télévisés commercialement responsables l'ont reléguée après les faits divers ! Donc on leur parle d'éducation, de vie chère et surtout de sécurité. Lorsque l'un des candidat-e-s sera élu. Il sera totalement pris par le jeu sauvage mais complexe des relations internationales. C'est un métier de truand nous disait à peu près Raymond Aron quand j'assistais à ses cours. Ne pensez-vous pas que les élus seraient mieux à même d'élire un-e président-e compétent-e qu'un peuple qui n'y comprend rien, ne s'y intéresse pas et à qui finalement la procédure impose de mentir ?
04 décembre 2006
lu dans le journal, lu dans les livres
Lire simplement n'a jamais rien appris à personne. Sauf ce qu'il y a dans les livres comme le faisait remarquer le moinillon d'Umberto Eco. Pour apprendre il faut faire, expérimenter, se tromper, échouer bien entendu, mais réussir aussi. Le savoir livresque est un emprunt, un masque. Celui qui, sage héritier du modèle scolaire français, le pratique à haute dose n'est plus à la fin que l'ombre des autres.
03 décembre 2006
marié
02 décembre 2006
coincé
Nous sommes le 2 décembre et je ne suis pas bonapartiste. Mais bon, c'est trop de silence. Cet été, j'ai vécu sans Internet, ni télévision, ni journaux et plus de la moitié du temps seul, j'ai eu le sentiment profond de recommencer à exister. Puis j'ai du revenir pour vendre une maison, en acheter une autre, préparer deux déménagements et télé chaque soir. Putain ! Comme au boulot, la retraite.
Chaque jour je trie le passé : sinon comment savoir que cette feuille jaunie coincée, par ma mère sans doute, entre deux vieux calendriers des postes me rend héritier concessionnaire d'une place dans le cimetière de Margueray, département de la Manche... Mais mon idéal reste l'ataraxie, j'y arriverai. Et comme aujourd'hui le jardin d'Epicure ne peut être que virtuel, je prends ici l'engagement d'écrire quelques lignes chaque jour.
Chaque jour je trie le passé : sinon comment savoir que cette feuille jaunie coincée, par ma mère sans doute, entre deux vieux calendriers des postes me rend héritier concessionnaire d'une place dans le cimetière de Margueray, département de la Manche... Mais mon idéal reste l'ataraxie, j'y arriverai. Et comme aujourd'hui le jardin d'Epicure ne peut être que virtuel, je prends ici l'engagement d'écrire quelques lignes chaque jour.
21 octobre 2006
à bord

Quand il constate le nombre de bateaux immobiles dans les ports de plaisance, le bon peuple s’esclaffe : « il n’y en a pas beaucoup qui naviguent ». Ce qui probablement sous-entend que eux s’ils en avaient un, il en irait autrement… C’est oublier que les mêmes qui ricanent s’ils ont une caravane, un camping-car, une maison de campagne … ne les utilisent pas plus. Car la durée des congés n’est pas plus longue si l’on dispose d’un bateau.
Ce qui de mon côté me surprend plus c’est que les bateaux à quai ne soient pas utilisés pour y vivre. Naviguer est une chose, mais même ceux que l’on ne connaît que comme navigateurs passent le plus clair de leur temps à terre. Et il en fut toujours ainsi. Et de plus en plus de plaisanciers utilisent leur bateau comme des autos, ce qui explique sans doute pourquoi les embarcations à moteur représentent les 4/5 du parc.
J’ai fait durant tout l’été, l’expérience (modeste) de vivre à bord même lorsqu’on ne navigue pas. Mon voilier n’est pas grand mais il contient tout ce dont on peut avoir besoin, y compris même un peu de superflu et de confort. J’ai constaté plusieurs choses. Tout d’abord, l’espace est presque maîtrisable dans tous les sens, ce qui donne une impression de « chez soi » étonnante. Se mouvoir requiert l’usage des bras autant que des jambes ce qui provoque un entraînement physique continu. Jamais, même si l’eau est lisse comme un miroir, le bateau n’est totalement immobile, le cerveau travaille donc à rétablir l’horizontalité en permanence, c’est d’une grande relaxation et les nuits sont l’occasion d’un sommeil quasi fœtal.
Je recommencerai car je me suis senti, revenu à terre beaucoup plus nerveux, instantanément
02 octobre 2006
début d'un été sans fin
Je n’aspire pas aux longues traversées. Appareiller est une fin en soi qui, pour un peu me suffirait si j’étais plus sage. Anticiper dans sa tête chaque étape de la manœuvre qui permettra de quitter le ponton : réfléchir à chaque geste. Observer le vent et le courant. Décider de l’ordre dans lequel il faudra larguer les amarres, la dernière est cruciale, c’est celle qui reçoit le plus de force mal orientée, du vent ou pis du courant. Vérifier que rien ne traîne qui viendrait se prendre dans l’hélice. Etre certain qu’aucun bateau ne manœuvre au même moment. Quand tout est clair, choisir l’instant précis où larguer la dernière amarre. Donner de la barre exactement dans la direction nécessaire (se souvenir que tout déplacement est une résultante des forces en présence). Battre un grand coup en arrière. Le bateau s’éloigne doucement de sa place. Se souvenir du sens de rotation de l’hélice. Revenir au point mort. Mettre la barre à gauche. Remettre les gaz en arrière toute. Sentir le bateau virer oh, si lentement. Constater comme chaque fois que l’avant décrit un immense arc de cercle qui passe à raz du cul du voisin. Se retrouver presque immobile dans l’axe du chenal. Tenir fermement la barre. Pousser la commande des gaz en avant. Sentir la vibration du safran et entendre le moteur ronfler à 2500 tours/minute. Noter l’heure et la reporter sur le journal de bord. Je me sens alors très calme. C’est une sensation proche du bonheur dirait Perez Reverte. On fait route. Pendant quelques minutes le vent est dans l’axe du chenal et on en profite pour hisser la grand voile, c’est-à-dire : choquer la balancine, serrer la manille au point de drisse, vérifier les « lazy jacks », choquer l’écoute de grand voile, revérifier la direction apparente du vent, hisser en tournant la drisse sur le winch pour finir d’étarquer à la manivelle. Contrôler du regard l’allure de la grand voile. Il est temps de rentre les parrebattages. Encore quelques instants et l’on établira le génois avant de couper le moteur. Alors ce sera le royaume du vent et de la mer. On y va toujours sur la pointe des pieds. On ne peut pas y être « chez soi ». Mais on y est libre et tout le superflu est resté à terre. On est entré dans le monde réel.
25 juin 2006
embarqué
03 juin 2006
ému

Pour mon départ en retraite, j’avais refusé et le vin d’honneur, comme on disait autrefois, et les cadeaux. Evidemment mes collègues et les apprentis de l’Ecole ont organisé les deux. C’était hier soir : il y avait foule et les cadeaux étaient somptueux. J’en suis tout retourné.
Si je ne voulais pas de tout cela, c’est à cause de la tartufferie que cela représente à mes yeux. La délicatesse des uns et des autres l'a évité. Tout venait du cœur et j’en suis encore tout ému.
J’avais une autre raison, plus secrète de refuser ce genre de cérémonie, c’est que la retraite est synonyme de vieillesse. Et c’est dur de devenir vieux. Mais si l’on y réfléchit les choix sont limités : c’est ça ou mourir jeune!Alors à tout prendre ...
A propos de la mort, il m’est revenu en mémoire un mot d’Anacharsis, entendu jadis en classe de philosophie. Il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts et ceux qui sont sur la mer. Je n’ai jamais compris le sens de cette phrase ; je vais donc naviguer pour essayer d’en savoir plus. Ce sera à la voile. Les apprentis aussi navigueront, pour la plupart à toute vapeur. Mes collègues, eux, continueront à ramer comme je l'ai fait durant dix-huit ans. Belle mer à tous!
Quant à moi : foc hissé, tout est payé !
14 mai 2006
esclave
Cette journée consacrée au souvenir de l’esclavage me laisse perplexe.
Le mépris ou le racisme que beaucoup d’autochtones éprouvent à l’égard des Noirs est spécifique. Il repose sur un stéréotype délirant, mâtiné de fantasme et datant de l’Antiquité : les Noirs seraient indolents et leur sexualité débridée.
Hélas la misère actuelle du sub-continent, son incapacité apparente à se développer, la corruption de ses chefs, les guerres incessantes accréditent dans beaucoup d’esprits un manque d’énergie, de savoir faire et une forme d’inintelligence. Au même moment les ravages du sida sont implicitement considérés comme les dégâts d’une sexualité non maîtrisée. Il n’y a pas que l’extrême droite qui flirte avec ces inepties.
Le seul point crédible est que, comme Dumont l’aurait dit : l’Afrique noire est mal partie, même si les taux de croissance virent au vert. Elle absorbe la plus grande part de l’aide internationale pour les résultats les plus minces. Revendiquer la mémoire de l’esclavage, c’est invoquer une cause possible de cet état de fait. Certains théoriciens ont d’ailleurs avancé l’idée que la ponction démographique avait pénalisé la région pour des siècles. Mais nous sommes dans la mémoire et pas dans l’histoire, j’entends plutôt : souvenez-vous du mal que vous nous avez fait.
Pourtant la mémoire de l’esclavage ne semble ni culpabiliser les Européens, ni rendre leur fierté aux Africains.
Il vaudrait sans doute mieux pour l’avenir de l’humanité s’intéresser à l’esclavage autrement qu’au plan mémoriel. Si l’on sait que des dizaines de milliers de Blancs furent esclaves dans les Etats barbaresques, on saura que pour collecter les fonds nécessaires à leur rachat on vendait des peintures représentant des femmes, et non de rugueux marins, toujours nues sur un marché devant un Ottoman de pacotille. Oublier cela, c’est oublier le contenu fortement érotique de l’esclavage dans le tréfonds des consciences (occidentales masculines au minimum). Il n’est, par ailleurs, pas de bon ton, semble-t-il depuis la loi Taubira, d’évoquer le rôle des Arabes dans l’esclavage en Afrique. Cela masquerait la responsabilité occidentale dans la traite. Pourtant il est établi que le nombre de personnes esclaves du fait des Arabes, certes sur un temps plus long, est au moins égal à celui des déportés aux Amériques.
On s’efforcera, j’espère de ne pas oublier que les Négriers d’Alger, de Zanzibar, de Nantes ou de Bordeaux n’allaient pas capturer eux-mêmes les esclaves. Ils se contentaient de les acheter aux Africains (royaumes ou tribus) qui vivaient de la vente…
On cessera peut-être d’assimiler rapidement colonialisme et esclavage. Car c’est à la conférence de Berlin de 1885 tout en dépeçant l’Afrique Noire qu’on a décidé que les Etats devaient faire cesser l’esclavage dans leurs colonies. A la seule exception du Congo, qui était un « Etat » privé et non une colonie.
Pour comprendre cela, il faut savoir qu’après que la traite fût abolie, l’esclavage ne cessa pas en Afrique. Il devint interethnique. Si aujourd’hui il y a tant de peuples qui s’opposent en luttes fratricides, « tribales » disent les journalistes occidentaux, c’est qu’il y a peu les uns ont réduit les autres en esclavage et que leurs enfants s’en souviennent très bien.
Le pis est sans doute comme l’a bien montré récemment un reportage de Thalassa au lac Volta, que ce n’est pas fini, des enfants sont esclaves en Afrique comme ailleurs.
Je suis certain que la « mémoire de l’esclavage », ne fera pas avancer d’un iota la cause du genre humain. Je mettrai plus d’espoir dans l’étude de son histoire, dans la lutte contre sa réalité présente et la réflexion sur le développement de l’Afrique. Car n’oublions pas que les « décideurs » internationaux qui ont abandonné définitivement ce continent à la charité internationale seront très heureux d’une journée commémorative. C’est une bonne conscience à peu de frais.
Le mépris ou le racisme que beaucoup d’autochtones éprouvent à l’égard des Noirs est spécifique. Il repose sur un stéréotype délirant, mâtiné de fantasme et datant de l’Antiquité : les Noirs seraient indolents et leur sexualité débridée.
Hélas la misère actuelle du sub-continent, son incapacité apparente à se développer, la corruption de ses chefs, les guerres incessantes accréditent dans beaucoup d’esprits un manque d’énergie, de savoir faire et une forme d’inintelligence. Au même moment les ravages du sida sont implicitement considérés comme les dégâts d’une sexualité non maîtrisée. Il n’y a pas que l’extrême droite qui flirte avec ces inepties.
Le seul point crédible est que, comme Dumont l’aurait dit : l’Afrique noire est mal partie, même si les taux de croissance virent au vert. Elle absorbe la plus grande part de l’aide internationale pour les résultats les plus minces. Revendiquer la mémoire de l’esclavage, c’est invoquer une cause possible de cet état de fait. Certains théoriciens ont d’ailleurs avancé l’idée que la ponction démographique avait pénalisé la région pour des siècles. Mais nous sommes dans la mémoire et pas dans l’histoire, j’entends plutôt : souvenez-vous du mal que vous nous avez fait.
Pourtant la mémoire de l’esclavage ne semble ni culpabiliser les Européens, ni rendre leur fierté aux Africains.
Il vaudrait sans doute mieux pour l’avenir de l’humanité s’intéresser à l’esclavage autrement qu’au plan mémoriel. Si l’on sait que des dizaines de milliers de Blancs furent esclaves dans les Etats barbaresques, on saura que pour collecter les fonds nécessaires à leur rachat on vendait des peintures représentant des femmes, et non de rugueux marins, toujours nues sur un marché devant un Ottoman de pacotille. Oublier cela, c’est oublier le contenu fortement érotique de l’esclavage dans le tréfonds des consciences (occidentales masculines au minimum). Il n’est, par ailleurs, pas de bon ton, semble-t-il depuis la loi Taubira, d’évoquer le rôle des Arabes dans l’esclavage en Afrique. Cela masquerait la responsabilité occidentale dans la traite. Pourtant il est établi que le nombre de personnes esclaves du fait des Arabes, certes sur un temps plus long, est au moins égal à celui des déportés aux Amériques.
On s’efforcera, j’espère de ne pas oublier que les Négriers d’Alger, de Zanzibar, de Nantes ou de Bordeaux n’allaient pas capturer eux-mêmes les esclaves. Ils se contentaient de les acheter aux Africains (royaumes ou tribus) qui vivaient de la vente…
On cessera peut-être d’assimiler rapidement colonialisme et esclavage. Car c’est à la conférence de Berlin de 1885 tout en dépeçant l’Afrique Noire qu’on a décidé que les Etats devaient faire cesser l’esclavage dans leurs colonies. A la seule exception du Congo, qui était un « Etat » privé et non une colonie.
Pour comprendre cela, il faut savoir qu’après que la traite fût abolie, l’esclavage ne cessa pas en Afrique. Il devint interethnique. Si aujourd’hui il y a tant de peuples qui s’opposent en luttes fratricides, « tribales » disent les journalistes occidentaux, c’est qu’il y a peu les uns ont réduit les autres en esclavage et que leurs enfants s’en souviennent très bien.
Le pis est sans doute comme l’a bien montré récemment un reportage de Thalassa au lac Volta, que ce n’est pas fini, des enfants sont esclaves en Afrique comme ailleurs.
Je suis certain que la « mémoire de l’esclavage », ne fera pas avancer d’un iota la cause du genre humain. Je mettrai plus d’espoir dans l’étude de son histoire, dans la lutte contre sa réalité présente et la réflexion sur le développement de l’Afrique. Car n’oublions pas que les « décideurs » internationaux qui ont abandonné définitivement ce continent à la charité internationale seront très heureux d’une journée commémorative. C’est une bonne conscience à peu de frais.
01 mai 2006
premier mai
Le 7 avril nous avons lancé notre nouveau bateau dont le nom est Bealtane. C’est le jour d’en parler car ce nom évoque le premier mai, la fête du renouveau, la fête de Beltené des Celtes entre l’équinoxe et le solstice d'été. L’étymologie proto-indo-européenne suggère : *bhel pour brasiller et *ten pour le feu. Ce jour-là en effet, on éteignait tous les feux pour n’allumer que le nouveau. Cette coutume persista en Ecosse jusqu’au 17ème siècle sous le nom de bealltainn.
Dans toute l’Europe, la reine ou belle de mai, les rameaux fleuris (l’églantine avant le muguet…) ont symbolisés la renaissance, l'alliance de l'esprit et de la nature, les mariages, enfin l’aube des temps nouveaux.
Car "faire le mai" était aussi synonyme de désordre. Depuis 1889, les grèves à la fois idylliques et subversives du 1er mai illustrent cette double signification.
Le mot mai vient lui de Maïa, aînée des Pléiades dont la fête coïncidait dans la Grèce antique avec la fin de l’hivernage, le jour de la remise des bateaux à la mer.
En irlandais, Bealtaine est le nom du mois de mai tout entier. Si l’Eglise a échoué à christianiser la fête, elle a fait de ce mois, le mois de Marie. Les statues de la Vierge ont alors remplacé dans les ifs et les chênes celles des anciennes vierges sanctifiées des Celtes. Enfin en anglais, Mayday (ancien nom : Beltane) est le premier jour de mai. Ce mot est aussi connu des marins comme un appel à la solidarité en tant que transcription phonétique du français « m’aider ».
Nous devons ce bateau à ma mère, Marie, née Groschêne, à Margueray, département de la Manche, le 22 mai 1912.
14 avril 2006
politique
Désormais pour chaque événement (comme la « crise des banlieues » ou les mouvements estudiantins), on nous abreuve de commentaires sur le pourquoi des choses. Les journalistes comme les politiques se sentent obligés de nous fournir des explications. Or je pense qu’il n’y a pas de politique sans action. Et l’explication peut être infiniment éloignée de l’action. La politique semble devenue impossible. On accuse souvent les médias de l’avoir tuée.
A mon avis ils n’en sont pas responsables sur le fond.
Depuis l’aube du XX° siècle la sociologie et la psychologie nous ont fourni des explications cliniques de la réalité humaine. Nous avons même eu, en France, la chance douteuse d’avoir avec Durkheim l’invention d’une sociologie à usage étatique républicain. Peu à peu, le pouvoir passant aux mains de technocrates, des cohortes d’experts se sont hissés aux postes de conseillers des princes. Ce sont eux qui avançant des explications rationnelles scientistes au chaos des choses humaines ont assassiné la politique.
A mon avis ils n’en sont pas responsables sur le fond.
Depuis l’aube du XX° siècle la sociologie et la psychologie nous ont fourni des explications cliniques de la réalité humaine. Nous avons même eu, en France, la chance douteuse d’avoir avec Durkheim l’invention d’une sociologie à usage étatique républicain. Peu à peu, le pouvoir passant aux mains de technocrates, des cohortes d’experts se sont hissés aux postes de conseillers des princes. Ce sont eux qui avançant des explications rationnelles scientistes au chaos des choses humaines ont assassiné la politique.
03 avril 2006
grotesque
A défaut d’agir, il parle encore.
En 2002, il fut réélu triomphalement avec 19 % des voix.
En 2003, il perdit trois scrutins : départemental, régional, européen pour asseoir son pouvoir absolu sur des bases plus sures.
En 2005, il fit d’un projet de traité constitutionnel voté à 90% par les députés et sénateurs, un fiasco référendaire. Espérant un plébiscite facile, il prit le risque d’y sacrifier la construction européenne. Voici maintenant ce monarque vieilli, tel un roi shakespearien, donnant, par peur, raison à ses deux fils en guerre : de Villepin conforté pour la lettre et Sarkozy pour la méthode. De l’opposition du peuple français, de l’inintérêt du texte eu égard à ce qu’il faudrait faire, de la lutte contre le chômage, présentée maintes fois comme une priorité absolue, il n’a que faire.
Mais, bon dieu, le progrès existe : un tyran d’autrefois aurait sacrifiée à sa querelle de succession la jeunesse de France dans un bain de sang. Aujourd’hui, c’est dans le vide de paroles dépourvues de sens.
En 2002, il fut réélu triomphalement avec 19 % des voix.
En 2003, il perdit trois scrutins : départemental, régional, européen pour asseoir son pouvoir absolu sur des bases plus sures.
En 2005, il fit d’un projet de traité constitutionnel voté à 90% par les députés et sénateurs, un fiasco référendaire. Espérant un plébiscite facile, il prit le risque d’y sacrifier la construction européenne. Voici maintenant ce monarque vieilli, tel un roi shakespearien, donnant, par peur, raison à ses deux fils en guerre : de Villepin conforté pour la lettre et Sarkozy pour la méthode. De l’opposition du peuple français, de l’inintérêt du texte eu égard à ce qu’il faudrait faire, de la lutte contre le chômage, présentée maintes fois comme une priorité absolue, il n’a que faire.
Mais, bon dieu, le progrès existe : un tyran d’autrefois aurait sacrifiée à sa querelle de succession la jeunesse de France dans un bain de sang. Aujourd’hui, c’est dans le vide de paroles dépourvues de sens.
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