Sarah m’a demandé ce qu’il conviendrait de faire pour être « cultivée ». A bien y réfléchir nous sommes d’accord qu’il s’agit de lire des livres…Regarder la télé, travailler pour son patron, bavarder, entrevoir des peintures au pas de charge … sont des façons différentes de nourrir le monstre. Vivre, regarder, lire et écrire suffiraient bien à tout un chacun. Rien d’autre que les livres finalement, ne pourrait nous rendre dignes de l’humanité.
Naturellement je me suis retourné vers la bibliothèque idéale de R. Queneau, élaborée dans les années cinquante après enquête. Je me souvenais du fait qu’elle comportait cent titres. J’ai été surpris de voir que je partage encore beaucoup de ses choix. Mais je me devais d’y ajouter quelques textes qui ne relèvent pas de la littérature. L’ignorance du droit, des sciences ou de l’histoire me semblerait criminelle.
Peut-être ne faut-il pas avoir tout lu, même d’une aussi courte liste mais au moins parcouru et surtout relu.
1. Shakespeare, Théâtre (surtout le Roi Lear et Songes d’une nuit d’été)
2. Conrad, Le Nègre du Narcisse
3. O'Flaherty : Insurrection
4. Montaigne, Essais
5. Rabelais, Les Cinq Livres
6. Baudelaire, Les Fleurs du Mal
7. Pascal, Pensées
8. Molière, Théâtre
9. J.-J. Rousseau, Les Confessions
10. Stendhal, Le Rouge et le Noir
11. Epicure, Lettres et Fragments
12. Stendhal, La Chartreuse de Parme
13. F. Villon, Les Testaments
14. Rimbaud, Oeuvres poétiques
15. Cardinal de Retz, Mémoires
16. Tolstoi, La Guerre et la Paix
17. Saint-Simon, Mémoires
18. Cervantes, Don Quichotte
19. Racine, Théâtre
20. Eschyle, Théâtre
21. Dostoievsky, Les Frères Karamazov
22. Mallarmé, Poèmes
23. La Fontaine, Fables
24. Goethe, Faust
25. Matthieu, Evangile
26. Flaubert, L’Éducation Sentimentale
27. Homère, L’Odyssée
28. Corneille, Théâtre
29. Dante, La Divine Comédie
30. Chateaubriand, Mémoires d’Outre-Tombe
31. Maupassant, Bel Ami
32. Alain de Botton, les consolations de la philosophie
33. James Joyce, Ulysse
34. Zweig, Le Monde d'hier : souvenirs d'un Européen
35. Swift, Les Voyages de Gulliver
36. Verlaine, Poèmes
37. Flaubert, Madame Bovary
38. Rimbaud, Une Saison en Enfer
40. Furet, Le passé d'une illusion
41. Melville, Moby Dick
42. Aristophane, Théâtre
43. Tacite, Annales et Histoires
44. Spinoza, Éthique
45. Hölderlin, Poèmes
46. Gérard de Nerval, Les Filles du Feu
47. Defoe, Robinson Crusoe
48 Fourastié, Les conditions de l’esprit scientifique
49. Lautréamont, Les Chants de Maldoror
50. Victor Hugo, Les Misérables
51. Lewis Carroll, Alice au Pays des Merveilles
52. Musset, Comédies et Proverbes
53. Jules Renard, Journal
54 Peter Laslett, un monde que nous avons perdu
55. Dostoievsky, L’Idiot
56. Emily Brontë, Les Hauts de Hurle-Vent
57 La Boétie, Discours de la servitude volontaire
58. Voltaire, Contes
59. Balzac, les Chouans
60. Dostoievsky, Crime et Châtiment
61. Plutarque, Vie des Hommes illustres
62 Voltaire, le Siècle de Louis XIV
63. Karl Marx, Le Capital (au moins quelques extraits bien choisis)
64. Benjamin Constant, Adolphe
65. Beaumarchais, Théâtre
66. Machiavel, le Prince
67. Elie faure, Histoire de l’art
68. Lorca, Poèmes
69. Malraux, La Condition humaine
70. La Rochefoucauld, Maximes
71. La Bruyère, Les Caractères
72. Mme de Sévigné, Lettres
73 Eco, le Nom de la Rose
74. Jarry, Ubu roi
75. Valéry, Poèmes
76 Une place pour Averroès, mais je trouve l’incohérence de l’incohérence illisible
77 Kipling, Kim
78. Mérimée, Nouvelles
79. Valéry, Variété
80. Héraclite, Fragments
81. Marivaux, Théâtre
82 Bouvier, l’usage du monde
83. Kafka, Le Procès
84. Khayyam, Quatrains
85. Apollinaire, Alcools
86. André Gide, Journal
87. Andersen, Contes
88. Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires
89 Règlement international pour prévenir les abordages en mer.
90 Freud, l’Avenir d’une illusion
91. Conrad, Lord Jim
92. Montesquieu, L’esprit des Lois
93. Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra
94 Déclaration universelle des droits de l’homme
95 Lobo Antunes, le Cul de judas
96 Gracq, le Rivage des Syrthes
97 Meienberg, L'exécution du traître à la patrie Ernst S
98. Gogol, Les Âmes mortes
99 Levi, Si c’est un homme
100. Bernanos, Journal d’un Curé de Campagne
Ici je peux raconter ce que je veux en terminant mes phrases, une occasion rare dans la vie... Mais si vous êtes d'une autre opinion n'hésitez pas à donner votre commentaire.
19 janvier 2006
alité
Comme la maladie des Rois me tient au lit, je lis. Jeremy Rifkin, entre autres. J'ai été frappé qu'il introduisit son chapitre sur les différences de politique étrangère entre les Etats-Unis et l'Europe par des considérations sur la peine de mort. Je pense à la reflexion qu'il voit juste : l'accepter d'un côté de l'Atlantique et faire de son abolition une condition sine qua non de l'adhésion à l'Union de l'autre est une divergence fondamentale dans la manière de voir le monde. Aujourd'hui pour maintenir la peine de mort après deux guerres mondiales et le reste, il faut être parfaitement cynique mais un homme peut l'être, pas un peuple. Reste une possibilité : être certain d'avoir raison et d'être dans son bon droit. Et voilà ce qui caractérise l'Amérique. Nous, la jeune "vieille" Europe nous n'avons plus depuis longtemps l'outrecuidance des certitudes.
12 janvier 2006
retraité
Je commence à avoir une idée de la fin. Je me souviens d’une réunion à Bruxelles la dernière année du précédent siècle. Un expert de la Banque mondiale évoquait sa vision de l’avenir à moyen terme dûment inspirée du film Soleil Vert. Si vous ne connaissez pas, imaginez une planète surchauffée et surpeuplée ou les Vieux choisissent de disparaître devant des images vidéo de la Terre qu’ils avaient connue au temps de leur jeunesse. Incidemment on apprend que leurs corps euthanasiés servent de nourriture aux vivants.
La démographie actuelle nous conduira vers des solutions radicales. Aujourd’hui une partie des Anciens est une manne économique. Il faut du monde pour les servir, les distraire, les faire voyager, les soigner… On appelle cela dans les documents politiques les « services à la personne ». Amusant car lorsque vous devenez une catégorie économique, on ne vous reconnaît plus tellement comme une personne mais plutôt comme un outil ou un agent. Il y un an ma mère mourrait, elle était devenue dans les derniers temps un corps à rentabiliser l’usage des scanners et autres coûteux bidules médicaux. Par chance les maisons de retraite comme les établissements hospitaliers font appel à un personnel fraîchement immigré qui ne baigne pas encore suffisamment dans notre système de « valeurs ». Ils considèrent, contre toute préoccupation rationnelle, que les Vieux sont des personnes. Commentaire de ma mère encore lucide à ce moment : « je n’aimais pas les Noirs (elle n’en avait pas connu…), eh bien j’ai appris ici que ce sont les meilleurs ».
Nous qui partons demain en retraite risquons d’être pour les générations futures un poids financier intolérable. Nous sommes nombreux, ce sont nos enfants qui paieront : ils sont rares. Il faut donc raisonnablement s’attendre à des « produits » qui garantiront l’avenir de nos enfants contre une disparition organisée, légalisée et encouragée politiquement. D’abord on changera les mots, on inventera une catégorie. On pourrait reprendre le très joli « économiquement faible » d’autrefois. On nous culpabilisera comme on le fait déjà pour la pollution, la canicule, la sécurité sociale, le chômage… On commencera par nous faire sentir notre inutilité dès lors qu’on aura « rééquilibré » nos pensions vers zéro. Nous comprendrons alors que nous sommes une charge intolérable et nous déciderons d’assurer l’avenir de nos petits enfants en sollicitant notre mort médicalisée. Il sera certainement intéressant pour les plus jeunes de prendre des parts dans les sociétés organisatrices de cérémonies.
Bonne année à tous !
La démographie actuelle nous conduira vers des solutions radicales. Aujourd’hui une partie des Anciens est une manne économique. Il faut du monde pour les servir, les distraire, les faire voyager, les soigner… On appelle cela dans les documents politiques les « services à la personne ». Amusant car lorsque vous devenez une catégorie économique, on ne vous reconnaît plus tellement comme une personne mais plutôt comme un outil ou un agent. Il y un an ma mère mourrait, elle était devenue dans les derniers temps un corps à rentabiliser l’usage des scanners et autres coûteux bidules médicaux. Par chance les maisons de retraite comme les établissements hospitaliers font appel à un personnel fraîchement immigré qui ne baigne pas encore suffisamment dans notre système de « valeurs ». Ils considèrent, contre toute préoccupation rationnelle, que les Vieux sont des personnes. Commentaire de ma mère encore lucide à ce moment : « je n’aimais pas les Noirs (elle n’en avait pas connu…), eh bien j’ai appris ici que ce sont les meilleurs ».
Nous qui partons demain en retraite risquons d’être pour les générations futures un poids financier intolérable. Nous sommes nombreux, ce sont nos enfants qui paieront : ils sont rares. Il faut donc raisonnablement s’attendre à des « produits » qui garantiront l’avenir de nos enfants contre une disparition organisée, légalisée et encouragée politiquement. D’abord on changera les mots, on inventera une catégorie. On pourrait reprendre le très joli « économiquement faible » d’autrefois. On nous culpabilisera comme on le fait déjà pour la pollution, la canicule, la sécurité sociale, le chômage… On commencera par nous faire sentir notre inutilité dès lors qu’on aura « rééquilibré » nos pensions vers zéro. Nous comprendrons alors que nous sommes une charge intolérable et nous déciderons d’assurer l’avenir de nos petits enfants en sollicitant notre mort médicalisée. Il sera certainement intéressant pour les plus jeunes de prendre des parts dans les sociétés organisatrices de cérémonies.
Bonne année à tous !
30 décembre 2005
fermé pour Travot
Discussion serrée en famille. Je désapprouvais qu’une rue des Sables, comme une place de Cholet d’ailleurs portât le nom de Travot, « pacificateur » de la Vendée. Entendre un sabre peuple, un massacreurde femmes et d'enfants. Telle autre déplora la place Robespierre de Vitry sur Seine. Je jurais de ne jamais habiter une rue Thiers. Quelqu’un déclara alors qu’il faut assumer notre passé. Soit. Mais pour quelles raisons politiques conjoncturelles a-t-on rayer de la carte les rues gatte bourse, des Lombards, ou aux Juifs, les chemin des loups et des basses garennes qui étaient notre mémoire collective? Si on ne sait pas mieux faire que de se chercher des « grands hommes » à géométrie morale variable, je suggère d’adopter les très démocratiques, 1ère , 2ème, 3 ème avenues…
08 décembre 2005
paillasse
M. Gilles de Robien, spécialiste bien connu de l’apprentissage de la lecture et accessoirement Ministre de l’Education Nationale n’a pas comme beaucoup de ses prédécesseurs, le goût de La grande réforme qui met les jeunes et leurs profs dans la rue. Modestement, il supprime la méthode globale d’apprentissage de la lecture dans le primaire. « J'ai décidé de la supprimer. Dès l'année prochaine, aucun élève ne pourra plus subir (sic) cet enseignement », c’est que dit-il «nous avons les preuves scientifiques que la méthode globale est nocive ». Lesquelles? Voilà en tout cas une réforme qui ne va pas coûter cher et qui sera facile à mettre en oeuvre : la méthode n’est plus utilisée depuis plusieurs années, elle est même interdite par les programmes, « la méthode globale ne doit pas être utilisée » y lit-on! Mais elle reste un épouvantail pour certains parents. On comprend l’esprit résolu et décidé du ministre qui a trouvé une cause à sa hauteur.
totalitaire
Tonitruant, le Nouvel Observateur annonce : enfin la vérité sur la colonisation ! Ce qui fait que cet article 4 sur la colonisation « positive » est monstrueux (nous en parlions sur ce blog dès le 26 mars 2005) ce n’est pas que MM. Bouteflika et Sarkozy pensent l’inverse et réciproquement, ni qu’un journal prétende détenir la vérité ou que des organisations noires déplorent les massacres coloniaux . C’est que la loi n’est pas faite pour dire ce qui est vrai ou faux. Tout simplement. La vérité est relative à l’histoire des sciences affirmait Poincaré. La vérité est un moment de l’histoire de la recherche et basta ! Que la loi ne s’en mêle pas ! Qu’on ne se serve pas de la loi pour nous dire ce que nous devons penser ! Sinon, nous acceptons le poison mortel du totalitarisme.
18 novembre 2005
encanaillé (suite)
Ne nous livrons pas au jeu facile des comparaisons anachroniques et pourtant. On vient de rééditer (assez mal) l’ouvrage de Louis Chevalier, Classes laborieuses, classes dangereuses, paru en 1958. Un livre phare lorsque j’étais étudiant en histoire à la Sorbonne dans les années soixante. Il décrit magistralement les pauvres du début du XIX° siècle et surtout la représentation qu’en avait la bourgeoisie de l’époque. Ils étaient, dans l’imaginaire bourgeois : grossiers, mal polis, asociaux, violents, bref dangereux. On méprisait leur langage, leurs ignorances, leurs croyances, leurs situations maritales, leur mode de vie…
Et face à cet océan d’incompréhension et de haine, face à ce pays auquel il veut appartenir et qui ne veut pas de lui, comme le dit Louis Chevalier, le pauvre adopte un comportement « qui correspond à l’opinion qu’on en a, à ce qu’on veut qu’il soit ». Finalement il se soumet « à cette universelle condamnation ».
Et face à cet océan d’incompréhension et de haine, face à ce pays auquel il veut appartenir et qui ne veut pas de lui, comme le dit Louis Chevalier, le pauvre adopte un comportement « qui correspond à l’opinion qu’on en a, à ce qu’on veut qu’il soit ». Finalement il se soumet « à cette universelle condamnation ».
16 novembre 2005
C'est la racaille, eh bien, j'en suis !
Avant-hier, le président de la République nous a fait un beau discours. Il a dit aux jeunes qu’ils étaient les enfants de la République et c’était la chose à dire depuis si longtemps. Je l’aurais cru plus sincère s’il l’avait dit plutôt ! Il a fait auparavant une lourde allusion à l’immigration clandestine, s’il y a un rapport, il me semble éminemment suspect. Enfin à la fin il a précisé que les actes devaient être en accord avec les paroles. Venant de Chirac chacun sait depuis des années à quoi sans tenir.
Hier le parlement a voté l’état d’urgence pour trois mois. Il n’y avait presque personne dans l’hémicycle, c’est dire que les députés croient au péril qui nous menace. Les godillots ont voté pour. Les socialistes ont mis du temps à se décider à voter contre. Les verts et les communistes pouvaient le faire sans état d’âme. Chacun connaît bien son électorat. Voilà où nous en sommes, un texte écrit pour se défendre de graves dangers est utilisé à des fins strictement électoralistes. On sait que ce texte qui permet de s’affranchir du respect des droits de l’homme a été très peu utilisé dans le passé. Je me sens d’ailleurs personnellement vexé, rétroactivement, que le gouvernement n’y ait pas eu recours en 1968.
Nous en sommes donc là. Un ministre de l’Intérieur qui prétend que nous sommes en guerre contre la « racaille » ; un Etat, incapable de remplir sa mission de rétablir l’ordre pendant presque trois semaines et un pays qui a peur de quelques gamins turbulents*.
Vous souvenez vous de cette chanson :
C'est l'homme à la face terreuse
Au corps maigre, à l'oeil de hibou,
Au bras de fer à main nerveuse
Qui sortant d'on ne sait pas où
Toujours avec esprit vous raille
Se riant de votre mépris
C'est la racaille
Eh bien, j'en suis !
C'est l'enfant que la destinée,
Force à rejeter ses haillons
Quand sonne sa vingtième année
Pour entrer dans nos bataillons.
Chair à canons de la bataille
Toujours il succombe sans cris...
C'est la racaille
Eh bien, j'en suis !
Paroles et musique de J. Darcier et J.B. Clément (1871).
*Si j'en crois le juge du tribunal des enfants de Bobigny, ce sont des gosses non connus des services de police issus de familles "ordinaires" contrairement au portrait dressé par l'histrion du Ministère de l'Intérieur et des Cultes.
Hier le parlement a voté l’état d’urgence pour trois mois. Il n’y avait presque personne dans l’hémicycle, c’est dire que les députés croient au péril qui nous menace. Les godillots ont voté pour. Les socialistes ont mis du temps à se décider à voter contre. Les verts et les communistes pouvaient le faire sans état d’âme. Chacun connaît bien son électorat. Voilà où nous en sommes, un texte écrit pour se défendre de graves dangers est utilisé à des fins strictement électoralistes. On sait que ce texte qui permet de s’affranchir du respect des droits de l’homme a été très peu utilisé dans le passé. Je me sens d’ailleurs personnellement vexé, rétroactivement, que le gouvernement n’y ait pas eu recours en 1968.
Nous en sommes donc là. Un ministre de l’Intérieur qui prétend que nous sommes en guerre contre la « racaille » ; un Etat, incapable de remplir sa mission de rétablir l’ordre pendant presque trois semaines et un pays qui a peur de quelques gamins turbulents*.
Vous souvenez vous de cette chanson :
C'est l'homme à la face terreuse
Au corps maigre, à l'oeil de hibou,
Au bras de fer à main nerveuse
Qui sortant d'on ne sait pas où
Toujours avec esprit vous raille
Se riant de votre mépris
C'est la racaille
Eh bien, j'en suis !
C'est l'enfant que la destinée,
Force à rejeter ses haillons
Quand sonne sa vingtième année
Pour entrer dans nos bataillons.
Chair à canons de la bataille
Toujours il succombe sans cris...
C'est la racaille
Eh bien, j'en suis !
Paroles et musique de J. Darcier et J.B. Clément (1871).
*Si j'en crois le juge du tribunal des enfants de Bobigny, ce sont des gosses non connus des services de police issus de familles "ordinaires" contrairement au portrait dressé par l'histrion du Ministère de l'Intérieur et des Cultes.
03 novembre 2005
accéléré
A JPMY et aux autres j’offre ces lignes de Milan Kundera : « la façon dont on raconte l’histoire contemporaine ressemble à un grand concert où l’on présenterait d’affilée les cent trente-huit opus de Beethoven mais en jouant seulement les six premières mesures de chacun d’eux. Si on refaisait le même concert dans dix ans, on ne jouerait, de chaque pièce, que la seule première note, donc cent trente-huit notes pendant tous le concert, présentées comme une seule mélodie. ».
In la Lenteur, Paris 1995, Gallimard folio, p.112
In la Lenteur, Paris 1995, Gallimard folio, p.112
01 novembre 2005
mobilisé
En novembre 2005, la ville de La Roche-sur-Yon (municipalité d'opposition) lance une "nouvelle campagne d’effarouchement des étourneaux" avec comme nouveauté la participation des habitants. Le slogan, hautement politique, que l'on lit sur les panneaux d'affichage dans toute la ville est donc "Mobilisons-nous tous !".
30 octobre 2005
provincial
Impressions d’un bref séjour en Vendée. Dans les magasins, les clientes rangent leurs petites affaires avant de fouiller leur sac pour retrouver leur petite monnaie. C’est horripilant. Mais les caissières soufflent entre chaque passage. Les conducteurs roulent parfois moins vite qu’à Paris. En général ils s’arrêtent avant les passages protégés si vous faites mine de vouloir traverser la chaussée. Cela donne une ambiance courtoise à laquelle les Parisiens doivent finir par se plier. France 3 diffuse des nouvelles locales gaies et pas seulement des meurtres. Mais curieusement on entend dire par les personnes interrogées que « les rappeurs développent de la citoyenneté grâce aux cultures urbaines » ou que les « chasseurs régulent la gestion de la ressource », un agriculteur a dit "au niveau du problème de la fête". Tous parlent comme des demandes de subventions. Attention Paris se rapproche dangereusement...
17 octobre 2005
proche
Ce matin nous avons été gâté par France Info, en effet, commentant la campagne de la sécurité routière, le journaliste annonça d'un air pénétré que "les 3/4 des accidents de la route se produisent près du domicile". C’est un vrai plaisir de vivre dans un pays où les journalistes sont intelligents.
04 octobre 2005
erroné
Dans un de mes livres de classe, il y avait une représentation d’une fleur vue par une mouche : noire et blanche, bidimensionnelle, réduite à l’essentiel. Mais ce n’était en rien la vue dégradée de la mouche, seulement l’écart avec la notre. Notre cerveau comme celui de l’insecte nous donne à voir une certaine vision utilitaire du monde. Je fus aussi toujours frappé par le fait que le monde semblait s’écrire en langage mathématique, pure création humaine. Mais quoi de plus normal dès lors que nous sommes prisonnier de notre propre cerveau. La physique n’est pas la réalité du monde mais la façon dont le pensons.
Je ne suis qu’à moitié rassuré de savoir que d’éminents physiciens réunis cette été à Konstanz partagent cette idée et expliquent ainsi que la physique quantique dans ses curiosités nous parle de notre traitement de l’information. Je vous recommande de suivre Alexei Grinbaum, ce jeune génie russe pense que la mécanique quantique est une théorie de la connaissance (cf.son CV).
Je ne suis qu’à moitié rassuré de savoir que d’éminents physiciens réunis cette été à Konstanz partagent cette idée et expliquent ainsi que la physique quantique dans ses curiosités nous parle de notre traitement de l’information. Je vous recommande de suivre Alexei Grinbaum, ce jeune génie russe pense que la mécanique quantique est une théorie de la connaissance (cf.son CV).
02 octobre 2005
charlatan
On sait désormais que les médicaments homéopathiques, au bout du compte, ne se comportent pas mieux que les placebos. C’est dans un article de The Lancet : Shang A, Huwiler-Müntener K, Nartey L, Jüni P, Dörig S, Sterne JA, Pewsner D, Egger M
Are the clinical effects of homoeopathy placebo effects? Comparative study of placebo-controlled trials of homoeopathy and allopathy
The Lancet - Vol. 366, Issue 9487, 27 August 2005, Pages 726-732
Les chercheurs ont analysé plus de 200 essais cliniques évaluant des médicaments homéopathiques effectués selon la méthode dite du « double aveugle contre placebo ». Certes la majorité des études indiquait un effet plus important du traitement que du placebo, en homéopathie comme en allopathie, d'ailleurs. Mais c'étaient les protocoles à faible effectif qui montraient les effets les plus forts. Cet effet s'affaiblissait lorsque l'effectif montait. Surtout, c'est là le point le plus important, avec l'homéopathie, les essais à fort effectif avaient un effet tendant vers zéro, alors que cet effet restait bien perceptible pour les médicaments allopathiques. Ce qui est normal puisque les médicaments homéopathiques ne contiennent pas plus de substance que le placebo ! On pourrait espérer que cela démontrera une bonne foi pour toute, l'absence d'efficacité clinique des médicaments homéopathiques. Je crains qu’il n’en soit rien, les religions ont la vie dure.
Are the clinical effects of homoeopathy placebo effects? Comparative study of placebo-controlled trials of homoeopathy and allopathy
The Lancet - Vol. 366, Issue 9487, 27 August 2005, Pages 726-732
Les chercheurs ont analysé plus de 200 essais cliniques évaluant des médicaments homéopathiques effectués selon la méthode dite du « double aveugle contre placebo ». Certes la majorité des études indiquait un effet plus important du traitement que du placebo, en homéopathie comme en allopathie, d'ailleurs. Mais c'étaient les protocoles à faible effectif qui montraient les effets les plus forts. Cet effet s'affaiblissait lorsque l'effectif montait. Surtout, c'est là le point le plus important, avec l'homéopathie, les essais à fort effectif avaient un effet tendant vers zéro, alors que cet effet restait bien perceptible pour les médicaments allopathiques. Ce qui est normal puisque les médicaments homéopathiques ne contiennent pas plus de substance que le placebo ! On pourrait espérer que cela démontrera une bonne foi pour toute, l'absence d'efficacité clinique des médicaments homéopathiques. Je crains qu’il n’en soit rien, les religions ont la vie dure.
29 septembre 2005
indemnisé
On peut reprocher au président algérien de demander par référendum aux victimes des massacres de pardonner sans demander aux assassins de s’excuser. Il semble difficile de bâtir une paix sur cette base. La France, elle, a fait mieux. François Mitterrand avait estimé en 1982 utile de rendre leur retraite aux militaires factieux qui avaient cherché à liquider la République. Chez nous : on ne pardonne pas, on excuse pas on paye.
Sait-on que la loi du 23 février 2005, connue comme scélérate pour obliger les enseignants à diffuser une vision « positive » de la colonisation contient un article 13 très intéressant ? On y lit la chose suivante.
Peuvent demander le bénéfice d'une indemnisation forfaitaire les personnes de nationalité française à la date de la publication de la présente loi ayant fait l'objet, en relation directe avec les événements d'Algérie pendant la période du 31 octobre 1954 au 3 juillet 1962, de condamnations ou de sanctions amnistiées, de mesures administratives d'expulsion, d'internement ou d'assignation à résidence, ayant de ce fait dû cesser leur activité professionnelle (…).
En effet il pouvait sembler injuste que seuls les militaires soient bien traités. Les pauvres civils qui avaient dû prendre le chemin de la clandestinité pour aller, au nom de l’OAS « casser du bougnoule » se verront ainsi indemnisés. Finalement dans tous les cas les victimes ont toujours tort de mourir. Il n’y aura pas de pension pour leurs veuves. Ce qui importe c’est d’être un guerrier, un vrai, légitime ou non vous serez récompensé.
Sait-on que la loi du 23 février 2005, connue comme scélérate pour obliger les enseignants à diffuser une vision « positive » de la colonisation contient un article 13 très intéressant ? On y lit la chose suivante.
Peuvent demander le bénéfice d'une indemnisation forfaitaire les personnes de nationalité française à la date de la publication de la présente loi ayant fait l'objet, en relation directe avec les événements d'Algérie pendant la période du 31 octobre 1954 au 3 juillet 1962, de condamnations ou de sanctions amnistiées, de mesures administratives d'expulsion, d'internement ou d'assignation à résidence, ayant de ce fait dû cesser leur activité professionnelle (…).
En effet il pouvait sembler injuste que seuls les militaires soient bien traités. Les pauvres civils qui avaient dû prendre le chemin de la clandestinité pour aller, au nom de l’OAS « casser du bougnoule » se verront ainsi indemnisés. Finalement dans tous les cas les victimes ont toujours tort de mourir. Il n’y aura pas de pension pour leurs veuves. Ce qui importe c’est d’être un guerrier, un vrai, légitime ou non vous serez récompensé.
28 septembre 2005
violeur
Au temps de Louis XIV on racontait aux jeunes filles des histoires à la veillée. Le grand méchant loup était là pour leur rappeler l’existence du violeur tapis au coin du bois. Depuis les contes ont été édulcorés et l’on aimerait espérer un moyen moderne de faire disparaître les violeurs. M. Clément, ministre de la justice français le sait bien. Son appel démagogique d’hier joue sur une corde sensible.
Mais son propos le conduit à se comporter lui-même en violeur d’un principe fondamental. Il le sait et n’hésite pas à jouer cyniquement les maîtres chanteurs :
"Il y a un risque d'inconstitutionnalité. Les événements récents vont me pousser à le prendre et tous les parlementaires pourront le courir avec moi. Il suffira pour eux de ne pas saisir le Conseil constitutionnel et ceux qui le saisiront prendront sans doute la responsabilité politique et humaine d'empêcher la nouvelle loi de s'appliquer au stock de détenus", a-t-il dit.
Au temps de Louis XIV, on risquait d’être violé(e) au coin du bois mais on risquait tout aussi bien de se voir jeter en prison pour une infraction commise de bonne foi car il n’y avait pas de loi pour l’interdire. C’est pour cela qu’en 1989 on inscrivit dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen un principe absolu :
Article 8 – (…) nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.
Il s’agissait d’en finir avec l’arbitraire et ce principe a été depuis adopté par toute les nations « civilisées ».
L’Europe l’a inscrit en toute lettre :
Art. 7 - Non-rétrocativité de la loi pénale - Légalité criminelle
Nul ne peut être condamné pour une action ou une omission qui, au moment où elle a été commise, ne constituait pas une infraction d'après le droit national ou international. De même il n'est infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l'infraction a été commise.
Il y a des moyens de se prendre aux violeurs récidivistes sans jouer les apprentis sorciers, sans écorner l’un des fondements même de nos libertés.
Mais son propos le conduit à se comporter lui-même en violeur d’un principe fondamental. Il le sait et n’hésite pas à jouer cyniquement les maîtres chanteurs :
"Il y a un risque d'inconstitutionnalité. Les événements récents vont me pousser à le prendre et tous les parlementaires pourront le courir avec moi. Il suffira pour eux de ne pas saisir le Conseil constitutionnel et ceux qui le saisiront prendront sans doute la responsabilité politique et humaine d'empêcher la nouvelle loi de s'appliquer au stock de détenus", a-t-il dit.
Au temps de Louis XIV, on risquait d’être violé(e) au coin du bois mais on risquait tout aussi bien de se voir jeter en prison pour une infraction commise de bonne foi car il n’y avait pas de loi pour l’interdire. C’est pour cela qu’en 1989 on inscrivit dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen un principe absolu :
Article 8 – (…) nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.
Il s’agissait d’en finir avec l’arbitraire et ce principe a été depuis adopté par toute les nations « civilisées ».
L’Europe l’a inscrit en toute lettre :
Art. 7 - Non-rétrocativité de la loi pénale - Légalité criminelle
Nul ne peut être condamné pour une action ou une omission qui, au moment où elle a été commise, ne constituait pas une infraction d'après le droit national ou international. De même il n'est infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l'infraction a été commise.
Il y a des moyens de se prendre aux violeurs récidivistes sans jouer les apprentis sorciers, sans écorner l’un des fondements même de nos libertés.
16 septembre 2005
criminel
Des enfants sont morts à Paris cet été dans l’incendie de leurs maisons. Selon le président de la Ligue des droits de l’homme, aucun homme politique ne s’est rendu à leur enterrement. La réponse est venue du Ministre de l’Intérieur : on expulse les squats. La ville n’entend pas les reloger car elle ne veut pas « cautionner les coups médiatiques de M. Sarkozy ». Ils sont donc à la rue. On arrête des parents sur leur lieu de travail, comme des criminels. Depuis la rentrée scolaire, on arrête des enfants dans leur classe, on les conduits au commissariat comme des otages pour piéger les parents. Ceux-ci sont alors arrêtés. On passe les menottes aux personnes arrêtées. Comme des criminels.
En France, dans nos villes, nos entreprises, des hommes, des femmes, des enfants vivent sans droits, sans protection, dans la peur et la suspicion. Traités comme des criminels. Les droits les plus élémentaires leur sont refusés. Dans l’indifférence quasi générale.
En France, dans nos villes, nos entreprises, des hommes, des femmes, des enfants vivent sans droits, sans protection, dans la peur et la suspicion. Traités comme des criminels. Les droits les plus élémentaires leur sont refusés. Dans l’indifférence quasi générale.
06 septembre 2005
quotidien
Nous avons toujours le sentiment d’une grande liberté personnelle. Pourtant pour l’historien qui peut regarder au fil des siècles, notre vie quotidienne échappe de moins en moins aux pouvoirs publics et à toutes sortes de contrôle. Au XIX° siècle on ne connaissait guère que l’état-civil, l’école et l’armée. Avant moins encore. Aujourd’hui nous sommes cernés. Même notre vie physiologique est contrainte par les institutions. La vaste organisation aux mailles de plus en plus serrées dans laquelle nous nous mouvons essaye de colmater toutes les brèches et y réussit admirablement bien. Il faudrait vivre au fond de la forêt de Nouvelle Guinée pour retrouver l’impression de la liberté et de la responsabilité de soi. C’est en ce sens que je dis que notre vie quotidienne n’échappe pas aux pouvoirs publics. Et tout d’un coup je m’interroge : en quoi le pouvoir peut-il être public ?
Et encore comment la vie pourrait-elle être autre que quotidienne ? En connaissez-vous d’autre ou est-ce que même les mots sont pris dans les chaînes du pouvoir ? Ou est-ce par les mots que cette dictature s’exerce ?
Et encore comment la vie pourrait-elle être autre que quotidienne ? En connaissez-vous d’autre ou est-ce que même les mots sont pris dans les chaînes du pouvoir ? Ou est-ce par les mots que cette dictature s’exerce ?
21 août 2005
obscène
Certaines ligues bien pensantes s’offusquent des nudités qui ornent les murs de nos villes ; mais enfin ce sont des corps jeunes et en bonne santé, souvent beaux à voir. Pas de quoi fouetter un chat. Aucune obscénité là dedans.
En revanche personne ne semble s’indigner du contenu des « informations » radio et télédiffusées de ces derniers jours. Un avion est tombé dans un marécage d’Amérique latine et les victimes étaient en majorité françaises. Evidemment les corps sont en bouillie. Voilà ce qu’on sait. Il n’y a guère d’autres informations disponibles sur le sujet. Ce qui n’empêche pas de redire en boucle sur radio France Infobrute que les proches ne pourront pas identifier les corps. Cela n’empêche pas la Télévision d’Etat ou privée d’interroger avec gourmandise chaque midi et chaque soir un clown de service (« envoyé spécial ») filmé devant le marécage et les débris, on l’entend répondre systématiquement que les proches ne pourront voir ce qu’il nous montre ou plutôt nous laisse entrevoir ! On finirait par se lasser si par chance quelques proches ne s’étaient étalés avec plaisir pour exprimer leur douleur devant les caméras et nous dire tout ce que leur inspire le fait qu’il ne reste que des morceaux épars des êtres chers, voir des collègues de travail ! Impossible d’ignorer désormais ce scoop : lors d’un accident d’avion il ne reste que peu de morceaux identifiables. On ne vous montrera rien mais on vous suggère avec insistance d’imaginer. Oser dire que c’est de l’information me donne envie de vomir. Qui nous dira pourquoi cet acharnement ? Pourquoi ne pas laisser les morts tranquilles là où ils sont tombés ? Pourquoi tant d’immonde obscénité ?
En revanche personne ne semble s’indigner du contenu des « informations » radio et télédiffusées de ces derniers jours. Un avion est tombé dans un marécage d’Amérique latine et les victimes étaient en majorité françaises. Evidemment les corps sont en bouillie. Voilà ce qu’on sait. Il n’y a guère d’autres informations disponibles sur le sujet. Ce qui n’empêche pas de redire en boucle sur radio France Infobrute que les proches ne pourront pas identifier les corps. Cela n’empêche pas la Télévision d’Etat ou privée d’interroger avec gourmandise chaque midi et chaque soir un clown de service (« envoyé spécial ») filmé devant le marécage et les débris, on l’entend répondre systématiquement que les proches ne pourront voir ce qu’il nous montre ou plutôt nous laisse entrevoir ! On finirait par se lasser si par chance quelques proches ne s’étaient étalés avec plaisir pour exprimer leur douleur devant les caméras et nous dire tout ce que leur inspire le fait qu’il ne reste que des morceaux épars des êtres chers, voir des collègues de travail ! Impossible d’ignorer désormais ce scoop : lors d’un accident d’avion il ne reste que peu de morceaux identifiables. On ne vous montrera rien mais on vous suggère avec insistance d’imaginer. Oser dire que c’est de l’information me donne envie de vomir. Qui nous dira pourquoi cet acharnement ? Pourquoi ne pas laisser les morts tranquilles là où ils sont tombés ? Pourquoi tant d’immonde obscénité ?
11 juillet 2005
professionnel
Je n’aime pas le mot professionnel. Comme le dit mon ami Alain H., cela fait penser aux tueurs et parce que les choses, il faut les faire, un point c’est tout.
Lorsque nous répétons mécaniquement à nos apprentis, nos étudiants, qu’ils doivent se comporter en « professionnels » ou pis en « adultes » alors qu’ils ont passés vingt ans, ce propos ne peut sonner à leurs oreilles que comme une réprimande. Ce qui revient à deux possibilités : soit il n’est pas drôle d’être adulte et professionnel, soit on leur fait savoir qu’en réalité ils ne le sont pas. Au fond c’est plutôt cela : l’autorité en leur disant « vous êtes des adultes et des professionnels », leur dit exactement le contraire. Ils n’en sont pas dupes. Considérés ainsi comme des potaches sous cette double contrainte, ils se comportent en potaches…
Lorsque nous répétons mécaniquement à nos apprentis, nos étudiants, qu’ils doivent se comporter en « professionnels » ou pis en « adultes » alors qu’ils ont passés vingt ans, ce propos ne peut sonner à leurs oreilles que comme une réprimande. Ce qui revient à deux possibilités : soit il n’est pas drôle d’être adulte et professionnel, soit on leur fait savoir qu’en réalité ils ne le sont pas. Au fond c’est plutôt cela : l’autorité en leur disant « vous êtes des adultes et des professionnels », leur dit exactement le contraire. Ils n’en sont pas dupes. Considérés ainsi comme des potaches sous cette double contrainte, ils se comportent en potaches…
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