Hier soir, j’ai regardé la télévision. Je craignais le pis de ce show : Chirac face à la jeunesse du pays (version panel représentatif) et quelques animateurs de variétés en prime. L’émission m’a semblé excellente. Mais ce matin en écoutant les radios, un déplacement en voiture me permettait de faire un tour des ondes, j’ai compris que les journalistes avaient tranché : c’était nul. A l’exception notable d’Alexandre Adler sur France Culture, je n’entendis personne défendre ni le principe, ni la prestation de Chirac. Déçus peut-être de l’absence de la corporation sur le plateau pour stimuler l’orateur, ils ont trouvé que le président n’avait rien à dire et ironisé sur son appel répété à ne pas avoir peur.
Il me semble pourtant que Chirac a bien saisi ce qui se passait. Cette jeunesse est apparue sans projet, sans avenir, le nez rivé sur ses soucis de proximité. Quelques jeunes étudiantes tenant des propos dignes de « sciences-po » ne faisaient que souligner le caractère général du tableau.
Si les jeunes Français semblent si frileux, insensibles à l’air du large de peur de s’enrhumer, à qui la faute ? Pourquoi seraient-ils différents –a priori- des générations précédentes ? La responsabilité, à mon sens, est à partager entre les politiques, les médias et les éducateurs. Je sais qu’on dit toujours qu’il est trop facile de s’en prendre à ceux-là et ils ont des hauts parleurs pour le faire savoir. Mais à force de cultiver la raison technocratique imperméable, le fait divers monté en neige et le misérabilisme décoloré, ils ont réussi à ce que les jeunes ne soient plus que des (télé) spectateurs attristés d’un monde réputé dangereux. L’un d’entre eux a même fait remarquer que Chirac ne connaissait pas la réalité parce qu’il ne regardait pas la télévision ! Voilà ce que nous avons vu et entendu hier.
Ce renoncement, ce repli face à l’avenir, au monde qui bouge est sans doute plus à craindre qu’un "non" au référendum. Transformer les jeunes en vieux, c’est un crime.
Ici je peux raconter ce que je veux en terminant mes phrases, une occasion rare dans la vie... Mais si vous êtes d'une autre opinion n'hésitez pas à donner votre commentaire.
15 avril 2005
06 avril 2005
bureaucratique
En apparence tout va bien. Partout l’assurance qualité progresse, dans les entreprises on pratique le culte du client. Le terme d’usagers disparaît du vocabulaire des administrations. On ne vous adresse plus que des messages nominatifs et personnalisés. En apparence tout va bien.
Mais il y a un peu plus d’un mois, je perdais ma mère dont j’étais l’unique enfant. Elle-même était veuve, mon père ayant eu l’élégance de nous quitter sur une crise cardiaque. Je me suis donc astreint à adresser à chacun (est-ce que le terme convient ?) : banque, caisses de retraite, fournisseurs d’eau ou d’électricité, assureur, mutuelle, sécurité sociale, éditeurs des journaux auxquels elle était abonnée, etc., j’en passe, des missives annonçant son décès avec un certificat ad hoc le plus souvent. La majorité n’a pas répondu et n’a rien, strictement rien fait (y compris l’organisme d’assurance vie, bien entendu, vu que je suis le bénéficiaire). Quelques uns ont fait le nécessaire sans répondre. Une fraction a répondu. Devinez quoi ? Certains ont expédié une lettre de relance (rappel en gros et en rouge menaçant) au notaire (j’ai l’air malin) pour des sommes qui ne sont plus dues. D’autres par deux fois m’ont répondu que la somme que je demandais ne pouvait m’être attribuée alors que je ne demandais rien ! La meilleure dans le genre automatisée : que « feue Mme X » devait d’urgence renouveler son abonnement. Oui, on a inventé la relance post mortem.
Inutile de vous dire que personne ne m’a adressé de condoléances même sous forme de lettre type. Ce serait d’un ringard, vous imaginez ! Et cela ferait des frais inutiles.
Qu’en penser ?
J’ai connu un temps où l’employé, à cette époque joignable par téléphone, disait, péremptoire, « c’est une erreur informatique ! », qui le croirait aujourd’hui ? Nous sommes condamnés à envoyer lettre sur lettre, à téléphoner à des « centrales d’appel » (notez qu’on ne dit pas « centrales de réponses ») qui ne connaissent pas votre problème, à payer de notre poche à la banque les arrêts de prélèvement car aucun opérateur de télécoms connu de moi, par exemple, n’est joignable, etc.
De brillants ingénieurs « optimisent » le fonctionnement et la productivité. Ils observent, font des statistiques et modélisent. Techniquement les « indicateurs » de fonctionnement qui devaient évaluer l’activité deviennent la norme sur laquelle s’ajuster.
A ce compte là, les événements importants de nos pauvres vies : déménager ou …mourir ne comptent plus guère. Ce sont des questions marginales pour un organisateur. Car les Français changent encore peu souvent de domicile dans leur vie et assurément ne meurent qu’une fois. Curieusement, j’ai le sentiment que nous devenons chaque jour un peu plus soviétiques, version soft : tout le pouvoir aux ingénieurs. Oui cela doit être le totalitarisme mou.
Mais il y a un peu plus d’un mois, je perdais ma mère dont j’étais l’unique enfant. Elle-même était veuve, mon père ayant eu l’élégance de nous quitter sur une crise cardiaque. Je me suis donc astreint à adresser à chacun (est-ce que le terme convient ?) : banque, caisses de retraite, fournisseurs d’eau ou d’électricité, assureur, mutuelle, sécurité sociale, éditeurs des journaux auxquels elle était abonnée, etc., j’en passe, des missives annonçant son décès avec un certificat ad hoc le plus souvent. La majorité n’a pas répondu et n’a rien, strictement rien fait (y compris l’organisme d’assurance vie, bien entendu, vu que je suis le bénéficiaire). Quelques uns ont fait le nécessaire sans répondre. Une fraction a répondu. Devinez quoi ? Certains ont expédié une lettre de relance (rappel en gros et en rouge menaçant) au notaire (j’ai l’air malin) pour des sommes qui ne sont plus dues. D’autres par deux fois m’ont répondu que la somme que je demandais ne pouvait m’être attribuée alors que je ne demandais rien ! La meilleure dans le genre automatisée : que « feue Mme X » devait d’urgence renouveler son abonnement. Oui, on a inventé la relance post mortem.
Inutile de vous dire que personne ne m’a adressé de condoléances même sous forme de lettre type. Ce serait d’un ringard, vous imaginez ! Et cela ferait des frais inutiles.
Qu’en penser ?
J’ai connu un temps où l’employé, à cette époque joignable par téléphone, disait, péremptoire, « c’est une erreur informatique ! », qui le croirait aujourd’hui ? Nous sommes condamnés à envoyer lettre sur lettre, à téléphoner à des « centrales d’appel » (notez qu’on ne dit pas « centrales de réponses ») qui ne connaissent pas votre problème, à payer de notre poche à la banque les arrêts de prélèvement car aucun opérateur de télécoms connu de moi, par exemple, n’est joignable, etc.
De brillants ingénieurs « optimisent » le fonctionnement et la productivité. Ils observent, font des statistiques et modélisent. Techniquement les « indicateurs » de fonctionnement qui devaient évaluer l’activité deviennent la norme sur laquelle s’ajuster.
A ce compte là, les événements importants de nos pauvres vies : déménager ou …mourir ne comptent plus guère. Ce sont des questions marginales pour un organisateur. Car les Français changent encore peu souvent de domicile dans leur vie et assurément ne meurent qu’une fois. Curieusement, j’ai le sentiment que nous devenons chaque jour un peu plus soviétiques, version soft : tout le pouvoir aux ingénieurs. Oui cela doit être le totalitarisme mou.
03 avril 2005
arboricole
Notre jardin était jusque là séparé des immeubles voisins par un rideau d’arbres. Ce n’était pas des arbres de valeur, de simples érables champêtres âgés d’une trentaine d’années. Toute une vie s’était organisée en fonction d’eux : les merles, les tourterelles turques, les mésanges, les rouge gorge s’y rassasiaient d’insectes.
Ces arbres étaient plantés à dix centimètres de notre culture, si quelqu’un eut du provoquer des problèmes de voisinage, c’était bien moi. Mais loin de moi cette idée, grâce à eux, les locataires de l’immeuble, comme nous, disposions d’un privilège rare si près de Paris : avoir des arbres devant ses fenêtres.
Mais nous ne les verrons plus sous la neige de l’hiver, ni dans la rosée vaporeuse des matins d’été. Le samedi 19 février sous la neige, quelques individus entamèrent une première taille radicale. Ils me dirent agir pour le compte du propriétaire de l’immeuble. Je les ai convaincu de rentrer au chaud et de ne pas abattre des arbres en catimini, sans autorisation. Mais le 2 avril, à nouveau un samedi notez-le, ils sont revenus et cette fois nous n’étions pas là. Les érables ont été liquidés. Pour aller plus vite, les sbires n’ont pas hésités à monter sans demander la permission sur notre terrasse, j’en ai la preuve, des photos ont été prises. Le véritable assassin, le commanditaire, n’a pas pointé son nez, il parait qu’il préfère le béton et le goudron. Les oiseaux sont partis. Nous contemplons le vide.
Ces arbres étaient plantés à dix centimètres de notre culture, si quelqu’un eut du provoquer des problèmes de voisinage, c’était bien moi. Mais loin de moi cette idée, grâce à eux, les locataires de l’immeuble, comme nous, disposions d’un privilège rare si près de Paris : avoir des arbres devant ses fenêtres.
Mais nous ne les verrons plus sous la neige de l’hiver, ni dans la rosée vaporeuse des matins d’été. Le samedi 19 février sous la neige, quelques individus entamèrent une première taille radicale. Ils me dirent agir pour le compte du propriétaire de l’immeuble. Je les ai convaincu de rentrer au chaud et de ne pas abattre des arbres en catimini, sans autorisation. Mais le 2 avril, à nouveau un samedi notez-le, ils sont revenus et cette fois nous n’étions pas là. Les érables ont été liquidés. Pour aller plus vite, les sbires n’ont pas hésités à monter sans demander la permission sur notre terrasse, j’en ai la preuve, des photos ont été prises. Le véritable assassin, le commanditaire, n’a pas pointé son nez, il parait qu’il préfère le béton et le goudron. Les oiseaux sont partis. Nous contemplons le vide.
28 mars 2005
corvéable
Mesure de corvée du lundi de Pentecôte : lundi 16 mai
Cette mesure est injuste : il est anormal que les salariés financent seuls un effort relevant de la solidarité nationale, donc de tous les Français.
Cette mesure est malhonnête : tout travail mérite salaire, les corvées ont été abolies par le décret du 4 août 1789. Si seuls les salariés sont concernés , c'est que le Premier ministre les considèrent comme des feignants. Comme en 1938 après le Front populaire, comme sous Vichy : il faut remettre la France au travail nous répète-t-il!
Cette mesure est techniquement inadaptée : elle a été rejetée avec une grande unanimité par des économistes, des parlementaires, des partenaires sociaux, sauf les inféodés de Seillère et de Raffarin bien entendu...
Trop de paperasse en perspective pour qu'il reste beaucoup d'argent pour les personnes dépendantes.
Cette mesure est une véritable catastrophe sociale, culturelle, sportive, touristique, familiale, spirituelle, comme l'ont souligné à de nombreuses reprises les élus de terrain, les sondages dans le public, les responsables culturels et touristiques, les sportifs et les autorités religieuses.
Demandez que le Gouvernement suspende immédiatement l'application de cette loi, et qu'une vraie solution soit trouvée au problème réel de la dépendance. En tout état de cause, s'il s'avérait qu'un jour travaillé supplémentaire doive être imposé aux salariés, cette mesure doit être intégrée, après négociations, aux dispositions législatives existant déjà concernant la durée du travail.
Que faire ?
Premier acte : vous pouvez signer des pétitions, celle des Amis du lundi me semble sympathique et indépendante. http://perso.wanadoo.fr/milisoft/stuff/html/signer_la_petition.html
Deuxième acte : vous pouvez faire grève a priori en toute tranquillité.
En effet que vous soyez syndiqué ou non, vous pouvez tout à fait légalement faire grève le lundi de Pentecôte : vous êtes couvert par le mot d’ordre de grève national déposé par la CFTC (ou, le cas échéant, par tout autre syndicat).
Tout salarié peut s’associer à un mouvement de grève, même si aucune revendication particulière à l’entreprise n’a été formulée et même si le salarié est seul à suivre ce mot d’ordre dans l’entreprise.
Aucun document écrit ne peut être exigé de la part de l’employeur.
Dans le secteur privé, il n’y a pas de délai de prévenance, mais il conviendra par courtoisie d’indiquer à son supérieur hiérarchique son absence, la veille par exemple.
Dans le cas normal, l’employeur peut retenir sur le salaire de la personne en grève la fraction de salaire correspondant à la durée pendant laquelle le salarié est en grève. Aucune autre retenue ne peut être appliquée. En toute logique, la grève concernant un jour férié de travail non rémunéré, l’employeur ne devrait pas pouvoir retenir de fraction de salaire, puisque le travail de ce jour est explicitement déclaré comme non rémunéré. Toutefois, l’absence de jurisprudence sur ce cas incite à considérer avec prudence cette conclusion logique non définitive.
Cette mesure est injuste : il est anormal que les salariés financent seuls un effort relevant de la solidarité nationale, donc de tous les Français.
Cette mesure est malhonnête : tout travail mérite salaire, les corvées ont été abolies par le décret du 4 août 1789. Si seuls les salariés sont concernés , c'est que le Premier ministre les considèrent comme des feignants. Comme en 1938 après le Front populaire, comme sous Vichy : il faut remettre la France au travail nous répète-t-il!
Cette mesure est techniquement inadaptée : elle a été rejetée avec une grande unanimité par des économistes, des parlementaires, des partenaires sociaux, sauf les inféodés de Seillère et de Raffarin bien entendu...
Trop de paperasse en perspective pour qu'il reste beaucoup d'argent pour les personnes dépendantes.
Cette mesure est une véritable catastrophe sociale, culturelle, sportive, touristique, familiale, spirituelle, comme l'ont souligné à de nombreuses reprises les élus de terrain, les sondages dans le public, les responsables culturels et touristiques, les sportifs et les autorités religieuses.
Demandez que le Gouvernement suspende immédiatement l'application de cette loi, et qu'une vraie solution soit trouvée au problème réel de la dépendance. En tout état de cause, s'il s'avérait qu'un jour travaillé supplémentaire doive être imposé aux salariés, cette mesure doit être intégrée, après négociations, aux dispositions législatives existant déjà concernant la durée du travail.
Que faire ?
Premier acte : vous pouvez signer des pétitions, celle des Amis du lundi me semble sympathique et indépendante. http://perso.wanadoo.fr/milisoft/stuff/html/signer_la_petition.html
Deuxième acte : vous pouvez faire grève a priori en toute tranquillité.
En effet que vous soyez syndiqué ou non, vous pouvez tout à fait légalement faire grève le lundi de Pentecôte : vous êtes couvert par le mot d’ordre de grève national déposé par la CFTC (ou, le cas échéant, par tout autre syndicat).
Tout salarié peut s’associer à un mouvement de grève, même si aucune revendication particulière à l’entreprise n’a été formulée et même si le salarié est seul à suivre ce mot d’ordre dans l’entreprise.
Aucun document écrit ne peut être exigé de la part de l’employeur.
Dans le secteur privé, il n’y a pas de délai de prévenance, mais il conviendra par courtoisie d’indiquer à son supérieur hiérarchique son absence, la veille par exemple.
Dans le cas normal, l’employeur peut retenir sur le salaire de la personne en grève la fraction de salaire correspondant à la durée pendant laquelle le salarié est en grève. Aucune autre retenue ne peut être appliquée. En toute logique, la grève concernant un jour férié de travail non rémunéré, l’employeur ne devrait pas pouvoir retenir de fraction de salaire, puisque le travail de ce jour est explicitement déclaré comme non rémunéré. Toutefois, l’absence de jurisprudence sur ce cas incite à considérer avec prudence cette conclusion logique non définitive.
26 mars 2005
positif
Extrait d'un article paru dans l'édition du 25 mars 2005 du quotidien Le Monde.
"Nous sommes historiens. La loi du 23 février 2005 "portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés" a des implications sur l'exercice de notre métier et engage les aspects pédagogiques, scientifiques et civiques de notre discipline.
Son article 4 dispose :"Les programmes de recherche universitaire accordent à l'histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu'elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit"...
Il faut abroger d'urgence cette loi : parce qu'elle impose une histoire officielle, contraire à la neutralité scolaire et au respect de la liberté de pensée qui sont au coeur de la laïcité ;
parce que, en ne retenant que le "rôle positif" de la colonisation, elle impose un mensonge officiel sur des crimes, sur des massacres allant parfois jusqu'au génocide, sur l'esclavage, sur le racisme hérité de ce passé ; parce qu'elle légalise un communautarisme nationaliste suscitant en réaction le communautarisme de groupes ainsi interdits de tout passé.(...)
Ce texte est cosigné par Claude Liauzu, professeur émérite à l'université Denis-Diderot - Paris VII ; Gilbert meynier, professeur émérite à l'université de Nancy ; Gérard Noiriel, directeur d'études à l'EHESS ; Frédéric Régent, professeur à l'université des Antilles et de Guyane ; Trinh Van Thao, professeur à l'université d'Aix-en-Provence ; Lucette Valensi, directrice d'études à l'EHESS."
J'ajoute à cela si vous ne le savez pas que nous aurons un "mémorial" de l'immigration et non un musée. Tout le monde voit bien la nuance ? Devinez où cette édifice de "mémoire" et non d'"histoire" sera installé ? Car on pouvait le faire n'importe où. A Paris, Porte Dorée dans un beau bâtiment qui abritait il y a peu de temps encore le Musée des Arts Africains et Océaniens.Soit mais sachez que cet édifice fut le seul Musée des colonies que la France ait jamais eu.
"Nous sommes historiens. La loi du 23 février 2005 "portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés" a des implications sur l'exercice de notre métier et engage les aspects pédagogiques, scientifiques et civiques de notre discipline.
Son article 4 dispose :"Les programmes de recherche universitaire accordent à l'histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu'elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit"...
Il faut abroger d'urgence cette loi : parce qu'elle impose une histoire officielle, contraire à la neutralité scolaire et au respect de la liberté de pensée qui sont au coeur de la laïcité ;
parce que, en ne retenant que le "rôle positif" de la colonisation, elle impose un mensonge officiel sur des crimes, sur des massacres allant parfois jusqu'au génocide, sur l'esclavage, sur le racisme hérité de ce passé ; parce qu'elle légalise un communautarisme nationaliste suscitant en réaction le communautarisme de groupes ainsi interdits de tout passé.(...)
Ce texte est cosigné par Claude Liauzu, professeur émérite à l'université Denis-Diderot - Paris VII ; Gilbert meynier, professeur émérite à l'université de Nancy ; Gérard Noiriel, directeur d'études à l'EHESS ; Frédéric Régent, professeur à l'université des Antilles et de Guyane ; Trinh Van Thao, professeur à l'université d'Aix-en-Provence ; Lucette Valensi, directrice d'études à l'EHESS."
J'ajoute à cela si vous ne le savez pas que nous aurons un "mémorial" de l'immigration et non un musée. Tout le monde voit bien la nuance ? Devinez où cette édifice de "mémoire" et non d'"histoire" sera installé ? Car on pouvait le faire n'importe où. A Paris, Porte Dorée dans un beau bâtiment qui abritait il y a peu de temps encore le Musée des Arts Africains et Océaniens.Soit mais sachez que cet édifice fut le seul Musée des colonies que la France ait jamais eu.
21 mars 2005
oublieux (bis)
On n'est jamais assez attentif à la critique des sources dont on dispose. J'ai de bonne foi cru à la déportation des Noirs allemands des anciennes colonies. J'étais surpris qu'on n'en parle jamais avant ce livre "Noirs dans les camps nazis" de Serge Bilié que je n'ai pas encore lu.Première erreur. Mais trois historiens nous font souvenir dans le Monde daté du 21 mars qu'il n'y eut jamais d'ordres de déportation des Noirs, ni en Allemagne, ni dans les pays occupés. Ne pas y avoir pensé est ma deuxième erreur. Les seuls Noirs qui furent internés l'étaient pour être résistants, témoin de Jéhovah ou "asociaux", mais pas pour leur couleur. Ils ne furent pas pour autant traités, on s'en doute, avec considération, ils furent même victimes de stérilisation forcée. Pourquoi avoir inventé ce mensonge ? Et pourquoi y ai-je cru aussi simplement ?
13 mars 2005
européen
J'ai regardé la semaine passée ce documentaire sur le siège de Leningrad (sur Arte).On n'y voyait aucun héros de livres d'histoire, pas même un de ces généraux bedonnants et brinquebalants dont la Russie regorge. Rien que des gens ordinaires qui ont survécu à 900 jours de misère, de glace, de famine totale. Je crois que nous ne leur ressemblons plus de ce côté de l'Europe, le moule est cassé. Ils croyaient au communisme, à la patrie soviétique,à la sainte trinité ou à la terre russe. Comme ils étaient croyants patriotes ils regardaient toute cette violence dont ils étaient les victimes pourtant innocentes, comme une nécessité. La violence accoucheuse de l'histoire. D'autres y croient toujours : Bush, Poutine ou Ben Laden et peut-être la majorité des hommes sur cette planète dans la mesure où beaucoup restent patriotes ou croyants. Nous, en Europe, nous sommes devenus adultes, nous ne croyons plus en tout cela. Nous pensons que l'avenir du monde peut se faire dans la paix, nous le vivons chaque jour. Nous ne sommes ni mous, ni résignés mais simplement adultes. Nous avons créé un espace de paix comme jamais les hommes n'en réalisèrent dans l'histoire. Construction fragile cependant à l'échelle des siècles.
Parlons un instant de ce malheureux referendum. On me dit que le texte est trop libéral, je me demande comment il eut pu être socialiste. On me dit qu'il est définitif, je réponds comme toutes les constitutions françaises successives, on en change. Mais je sais que la paix a besoin d'être aidée.
Parlons un instant de ce malheureux referendum. On me dit que le texte est trop libéral, je me demande comment il eut pu être socialiste. On me dit qu'il est définitif, je réponds comme toutes les constitutions françaises successives, on en change. Mais je sais que la paix a besoin d'être aidée.
05 mars 2005
oublieux
Nous ne devons pas oublier la destruction des Juifs d'Europe par les Nazis et leurs inféodés.
Soit, mais parfois le choix des mots pour le dire est étrange. Les Américains aiment le mot "holocauste" qui désigne un sacrifice hébraïque. Scandaleuse inversion de sens : les Nazis auraient eu une pratique biblique. En France depuis qu'un film admirable est sorti on parle de "shoah", en hébreu (toujours), cela désigne une catastrophe naturelle. Naturelle, vraiment ?
Nos ministres français aiment parler de "devoir de mémoire". Voici une belle stupidité. D'abord la mémoire des peuples ne se contrôle pas plus que celle des individus. Enfin pourquoi doit-on se souvenir ? Pour être ému,… pas seulement. Il est important de ne pas recommencer. Et pour cela il faut faire appel non à l'émotion de la mémoire mais à l'intelligence. Le seul devoir est de comprendre. Faire de l'histoire nous permet d'avancer dans la compréhension d'une catastrophe qu'il est trop facile de décréter incompréhensible. Opposons donc la raison de l'histoire à l'émotion indicible de la mémoire. Ceci nous permettra au passage de ne pas oublier d'autres sacrifiés rarement évoqués, on parle souvent des homosexuels et des Tziganes, qui se souvient que les Allemands noirs venus des anciennes colonies furent exterminés ?
Ce n'est pas faire injure que de replacer la destruction des Juifs d'Europe dans un contexte, c'est ne pas capituler.
Soit, mais parfois le choix des mots pour le dire est étrange. Les Américains aiment le mot "holocauste" qui désigne un sacrifice hébraïque. Scandaleuse inversion de sens : les Nazis auraient eu une pratique biblique. En France depuis qu'un film admirable est sorti on parle de "shoah", en hébreu (toujours), cela désigne une catastrophe naturelle. Naturelle, vraiment ?
Nos ministres français aiment parler de "devoir de mémoire". Voici une belle stupidité. D'abord la mémoire des peuples ne se contrôle pas plus que celle des individus. Enfin pourquoi doit-on se souvenir ? Pour être ému,… pas seulement. Il est important de ne pas recommencer. Et pour cela il faut faire appel non à l'émotion de la mémoire mais à l'intelligence. Le seul devoir est de comprendre. Faire de l'histoire nous permet d'avancer dans la compréhension d'une catastrophe qu'il est trop facile de décréter incompréhensible. Opposons donc la raison de l'histoire à l'émotion indicible de la mémoire. Ceci nous permettra au passage de ne pas oublier d'autres sacrifiés rarement évoqués, on parle souvent des homosexuels et des Tziganes, qui se souvient que les Allemands noirs venus des anciennes colonies furent exterminés ?
Ce n'est pas faire injure que de replacer la destruction des Juifs d'Europe dans un contexte, c'est ne pas capituler.
24 janvier 2005
privé
Les Suédois sont les seuls Européens à refuser de baisser les impôts. Il semble qu'ils soient contents de l'usage qu'on en fait. La fonction publique comprend 4500 personnes dont 220 pour l'éducation nationale. Ce pays réputé pour son système de protection sociale n'a pas hésité à confier le service public au privé et à supprimer le statut de la fonction publique. Un enseignant doit négocier son salaire, il est licenciable et comme tous les salariés exerçant un mandat public, son efficacité est évaluée chaque année et rendue publique. Car les Suédois aiment savoir ce qu'on fait de leur argent. Ce n'est pas le paradis, il fait toujours très froid l'hier et les Suédois ne sont pas toujours très drôles. Mais on comprend bien que, contrairement à ce certains corporatistes braillaient encore dans la rue hier, service public ne doit pas se confondre avec fonction publique.
23 janvier 2005
progressiste
Celui qui aime le progrès est en général assez stupide pour s'opposer aux écologistes. Il devrait se limiter aux gadgets électroniques dans sa chambrette. Car on sait pourtant ce qu'il en est : le nucléaire produit des déchets quasi-éternels, de graves épidémies menacent l'humanité, la nature est saccagée, la terre se réchauffe... On nous l'a dit et répété. L'homme dans tous les cas est déclaré responsable.
Comment pourrait-on prétendre dans un accès de folie progressiste qu'on vit mieux aujourd'hui qu'autrefois ? Vive le chemin de fer à vapeur ! Vivent le poêle à charbon, la tuberculose et le choléra ! vive la grippe espagnole ! vive le passé ! Et tant que nous y sommes : comme disaient les Franquistes : vive la mort !
Comment pourrait-on prétendre dans un accès de folie progressiste qu'on vit mieux aujourd'hui qu'autrefois ? Vive le chemin de fer à vapeur ! Vivent le poêle à charbon, la tuberculose et le choléra ! vive la grippe espagnole ! vive le passé ! Et tant que nous y sommes : comme disaient les Franquistes : vive la mort !
13 janvier 2005
médiatisé
Nous avons entendu parlé de tremblement de terre en Chine ou ailleurs qui ont fait un million de morts : trois minutes au journal télévisé pendant une semaine et une collecte sans enthousiasme. Et puis voilà un « tsunami », terme de manuel de géographie dont les journalistes se gargarisent, qui tient aux actualités de jour en jour, revient sans cesse comme le flot et déclenche une « vague de générosité sans précédent » en Occident. On peut ne pas apprécier l’emploi du mot vague, cela fait humour noir… Pourquoi tout d’un coup serions-nous sensibles aux malheurs des autres ? Il y a sans doute à cela de nombreuses explications : l’enfer déferlant soudain en plein paradis (imaginaire) tropical, les morts occidentaux si nombreux sur des plages, donc en vacances, c'est-à-dire : innocents. Le symbole de la mer envahissante (avant tsunami, on disait raz de marée) peut aussi avoir joué comme une angoisse atavique, d’ordinaire c’est une fille de roi scélérate que les flots rejoignent et non des vacanciers… Mais avant tout je pense qu’il s’agit d’autre chose.
La vraie cause est à chercher dans un changement fondamental dans le traitement de l’information. Jusque là nous n’avions que les images professionnelles. Pour cet événement dramatique nous n’aurions donc du n’avoir aucune image : les journalistes ne veillent pas sur les plages pour attendre un raz de marée. La diffusion massive des moyens d’enregistrer et de mettre à disposition a permis de diffuser en boucle des images de terreur et de panique, gratuitement pour toutes les chaînes de télévision du monde. Voici à mon sens ce qui nous a secoué. Un flot d’images d’amateurs, pathétiques, répétitives, marquées par l’authenticité. Des images dont on sait qu’elles ont été prises par des gens comme nous qui, de plus, sont passé à deux doigts de la mort. Comme nous, car nous aurions pu y être, il eut suffit d’être sur la plage.
Cet événement médiatique préfigure des changements radicaux. Dès maintenant chacun filme et photographie uniquement à cause de la facilité technique. De nombreux sites internet mettent ces informations et d’autres à disposition de qui veut. Voilà où est le changement. Demain les rôles auront changé, chacun produira des informations sur son blog, voir son vlog vidéo. De même les pays pauvres comme les exclus de la fortune en Occident … pourront exprimer leur vision des choses. Ce sera la fin du totalitarisme de l’information. Les pays dit « en voie de développement » pourront témoigner à peu de frais de leur propre vision du monde sans souscrire à nos visions néo-colonialistes : le Brésil est représenté par les strings des plages et la misère des favelas. N’y aurait-il que cela dans ce pays ? Je pense qu’un jour prochain ceux que les médias instrumentalisent avec l’appui intéressé des décideurs de tous poils nous feront connaître leur manière de dire le monde et d’y survivre. De même chaque groupe particulier et même chaque individu pourront mettre en avant leur vision des choses.
La vraie cause est à chercher dans un changement fondamental dans le traitement de l’information. Jusque là nous n’avions que les images professionnelles. Pour cet événement dramatique nous n’aurions donc du n’avoir aucune image : les journalistes ne veillent pas sur les plages pour attendre un raz de marée. La diffusion massive des moyens d’enregistrer et de mettre à disposition a permis de diffuser en boucle des images de terreur et de panique, gratuitement pour toutes les chaînes de télévision du monde. Voici à mon sens ce qui nous a secoué. Un flot d’images d’amateurs, pathétiques, répétitives, marquées par l’authenticité. Des images dont on sait qu’elles ont été prises par des gens comme nous qui, de plus, sont passé à deux doigts de la mort. Comme nous, car nous aurions pu y être, il eut suffit d’être sur la plage.
Cet événement médiatique préfigure des changements radicaux. Dès maintenant chacun filme et photographie uniquement à cause de la facilité technique. De nombreux sites internet mettent ces informations et d’autres à disposition de qui veut. Voilà où est le changement. Demain les rôles auront changé, chacun produira des informations sur son blog, voir son vlog vidéo. De même les pays pauvres comme les exclus de la fortune en Occident … pourront exprimer leur vision des choses. Ce sera la fin du totalitarisme de l’information. Les pays dit « en voie de développement » pourront témoigner à peu de frais de leur propre vision du monde sans souscrire à nos visions néo-colonialistes : le Brésil est représenté par les strings des plages et la misère des favelas. N’y aurait-il que cela dans ce pays ? Je pense qu’un jour prochain ceux que les médias instrumentalisent avec l’appui intéressé des décideurs de tous poils nous feront connaître leur manière de dire le monde et d’y survivre. De même chaque groupe particulier et même chaque individu pourront mettre en avant leur vision des choses.
08 janvier 2005
capitaliste
Dans le monde entier, les hommes n'ont jamais eu dans l'histoire qu'une préoccupation commune : sortir de la maladie, du danger, de la misère, manger à sa faim. Là où les capitalistes ont fleuri depuis longtemps, on y est presque arrivé. Je ne commenterai pas la vacuité totale du résultat sur le moral des humains, c'est trop déprimant. Non je soulignerai que c'est dans le "presque" que réside le crime que tous les opposants au capitalisme lui reprochent. Il n'a pas réussi à assurer le bonheur de tous ! En sus on peut dénoncer : les horreurs de la consommation frénétique, l'impiété qu'il propage ... J'avancerai un regret de régimes qui ont tout de même fait mieux ,comme le socialisme "réel". Là nous avons rencontré l'égalité quasi parfaite : les famines organisées dans des régions autrefois prospères ont été générales.
Si l'on veut être sérieux, en dépit de sa cruauté, de son inégalité et de ses exclus, c'est le seul régime économique qui fonctionne à peu près et du coup, je pense que si l'on veut faire mieux, il faudra inventer le capitalisme libertaire.
Si l'on veut être sérieux, en dépit de sa cruauté, de son inégalité et de ses exclus, c'est le seul régime économique qui fonctionne à peu près et du coup, je pense que si l'on veut faire mieux, il faudra inventer le capitalisme libertaire.
22 décembre 2004
pacifiste
Dimanche 19 décembre, vu Montserrat d’Emmanuel Roblès, en famille. Efforts méritoires des comédiens pour une pièce devenue injouable : l’arbitraire et le sadisme sont devenus trop cathodiques, la cruauté comme attiédie. Nous eûmes mêmes la surprise d’entendre rire aux horreurs proférées par Izquierdo, rires de spectateurs, rires brefs mais rires. Le texte demeure cependant d’une grande justesse. Izquierdo est, en apparence, un psychopathe. Bon militaire, il fait son boulot. Libertin, il sait que nos vies ne pèsent pas lourd face au néant alors il tue, parce qu’il fait du renseignement et qu’un militaire ça tue. Pour qu’on ne se méprenne pas en attribuant à son athéisme je ne sais quelle absence de valeur morale, le Père Coronil (remarquablement interprété par Michel Crayssac) justifie de quelques syllogismes le massacre au nom de Dieu. Montserrat, quant à lui est, à mon sens, un salaud de la pis espèce, un idéaliste qui croit que la liberté est au bout du fusil et prêt à faire mourir les autres pour ses idées.
A cause de la mort nous sommes comme une ville sans rempart disait Epicure. Mais puisqu’il en est ainsi, reste la ville, reste la paix qu’on peut y instaurer. A la fin de la représentation, c’est à l’Europe que je pensais. Pour la première fois dans l’histoire du monde nous avons construit un espace pacifique de boutiquiers médiocres, comme le marchand de la pièce, prêt à tout pour vivre car il aime la vie. Le commerce est une excellente base pour la paix, Monnet l’avait compris en faisant d’abord de l’Europe une zone économique. Un espace optimiste de gens qui osent espérer que les humains peuvent se fréquenter sans l’obsession de massacrer le voisin. Un espace où il n’y aurait à terme plus de place pour les sabre-peuple, ni les héros patriotiques, ni les grandes idées. Une terre pacifiste et marchande où Hitler pourrait encore se faire élire mais n’irait pas plus loin qu’un Le Pen ou un Haider car on ne prend pas le risque d’être exclu du club. Rien de mieux jusqu’à présent dans l’histoire du monde, il est normal qu’on nous jalouse.
Quelques hypocrites allèguent ses jours-ci l’histoire et la géographie, d’autres plus francs la religion pour chipoter aux Turcs le droit de nous rejoindre. Ils n’ont pas compris que ce n’était pas une question de manuel scolaire : l’Europe est l’avenir du monde.
A cause de la mort nous sommes comme une ville sans rempart disait Epicure. Mais puisqu’il en est ainsi, reste la ville, reste la paix qu’on peut y instaurer. A la fin de la représentation, c’est à l’Europe que je pensais. Pour la première fois dans l’histoire du monde nous avons construit un espace pacifique de boutiquiers médiocres, comme le marchand de la pièce, prêt à tout pour vivre car il aime la vie. Le commerce est une excellente base pour la paix, Monnet l’avait compris en faisant d’abord de l’Europe une zone économique. Un espace optimiste de gens qui osent espérer que les humains peuvent se fréquenter sans l’obsession de massacrer le voisin. Un espace où il n’y aurait à terme plus de place pour les sabre-peuple, ni les héros patriotiques, ni les grandes idées. Une terre pacifiste et marchande où Hitler pourrait encore se faire élire mais n’irait pas plus loin qu’un Le Pen ou un Haider car on ne prend pas le risque d’être exclu du club. Rien de mieux jusqu’à présent dans l’histoire du monde, il est normal qu’on nous jalouse.
Quelques hypocrites allèguent ses jours-ci l’histoire et la géographie, d’autres plus francs la religion pour chipoter aux Turcs le droit de nous rejoindre. Ils n’ont pas compris que ce n’était pas une question de manuel scolaire : l’Europe est l’avenir du monde.
12 décembre 2004
identitaire
Ecoutez une émission de radio du début du XXème siècle, la singularité du ton, les voix bien timbrées et les phrases parfaitement construites. Ces voix que l’on n’entend plus. Peut-être imaginez-vous quelque stéréotype de « speaker », comme on les nommait. Il n’en est rien, toutes les voix d’avant la télévision étaient ainsi, l’extériorisation claire d’une pensée intérieure construite. Ce temps semble révolu, la phrase est devenue hésitante, le mot approximatif mais en clin d’œil, la conjonction a disparu, le cliché est permanent. Nous sommes dans l’ère, étrangement nommée de la communication. Pour le meilleur et pour le pis.
En Occident, les siècles précédents ont consacré l’émergence du sujet, doué de raison, libéré du poids des traditions et de la dictature du groupe. La démocratie, telle que nous l’avons conçue, met en conflit le moi autonome, la coutume et le pouvoir du prince. Or tout semble se passer comme si à l’heure où l’Occident tente d’imposer son modèle à la planète, les voix intérieures s’y taisaient.
Ces voix hésitantes qui ne font que susurrer « je sais ce que vous pensez » et « je pense comme vous », « vous et moi, nous sommes branchés sur la même longueur d’onde », ne sont que les caisses de résonance d’un consensus de nulle part mais plus pesant que n’importe quel credo dictatorial. Car donner la primauté à l’extériorité, au collectif, c’est faire taire la pensée libre. C’est ne plus manifester que notre acceptation des articles de foi, d’autant plus efficaces qu’ils ne sont jamais exprimés clairement.
Notre identité individuelle, ce moi occidental, lancé il y a trois siècles à la figure des dieux, des églises et des rois, est en péril. Nous devenons le bruit du monde. Je vous enjoins de résister. Le premier geste, élémentaire mais hautement politique, est de faire l’effort de s’exprimer clairement, d’utiliser la grammaire au mieux, même si nous avons déjà de la bouillie dans la tête. Souvenons-nous de la parole de Camus : ne pas employer le mot juste, c’est ajouter aux malheurs du monde.
En Occident, les siècles précédents ont consacré l’émergence du sujet, doué de raison, libéré du poids des traditions et de la dictature du groupe. La démocratie, telle que nous l’avons conçue, met en conflit le moi autonome, la coutume et le pouvoir du prince. Or tout semble se passer comme si à l’heure où l’Occident tente d’imposer son modèle à la planète, les voix intérieures s’y taisaient.
Ces voix hésitantes qui ne font que susurrer « je sais ce que vous pensez » et « je pense comme vous », « vous et moi, nous sommes branchés sur la même longueur d’onde », ne sont que les caisses de résonance d’un consensus de nulle part mais plus pesant que n’importe quel credo dictatorial. Car donner la primauté à l’extériorité, au collectif, c’est faire taire la pensée libre. C’est ne plus manifester que notre acceptation des articles de foi, d’autant plus efficaces qu’ils ne sont jamais exprimés clairement.
Notre identité individuelle, ce moi occidental, lancé il y a trois siècles à la figure des dieux, des églises et des rois, est en péril. Nous devenons le bruit du monde. Je vous enjoins de résister. Le premier geste, élémentaire mais hautement politique, est de faire l’effort de s’exprimer clairement, d’utiliser la grammaire au mieux, même si nous avons déjà de la bouillie dans la tête. Souvenons-nous de la parole de Camus : ne pas employer le mot juste, c’est ajouter aux malheurs du monde.
07 décembre 2004
flou
Des vaguelettes agitent souvent l'eau du lac. Les images nocturnes de Genève s'y brisent en morceaux. Les enseignes lumineuses des banques y ont des reflets indéchiffrables. C'est ainsi, je crois, que nous percevons le monde qui nous entoure : des points dont l'image impressionne plus ou moins notre rétine. On passe de l'un à l'autre comme une bouteille de matière plastique qui danse vers le pont de la Machine, entraînée vers le Rhône.
Ainsi avançons-nous, aveuglés par un point ou un autre, reflétant des idées ou des croyances qui jamais n'auront la netteté du nom d'une banque. Certains esprits absolus prétendent qu'il suffirait de lever le nez pour avoir une information claire et précise. Ce sont les mêmes qui ne douteront jamais de la véracité d'un livre saint et affirmeront que le monde a été créé en sept jours, qu'Allah a dicté le Coran ou que Staline avait toujours raison. Des esprits plus scientifiques chercheront à reconstituer une image possible à partir des reflets éclatés. Mon opinion est qu'il faut attendre que le vent tombe.
Bien sûr, je n'aurais jamais aucune certitude concernant l'original. Mais calmer cette agitation quasi permanente qui trouble l'esprit est en mon pouvoir. Lever la tête serait une vaine entreprise car mes outils limiteront toujours ma perception du monde. S'éveiller au monde qui nous entoure, comprendre notre perception, augmenter notre champ de conscience. Voilà qui me semble possible.
Au fond, il s'agit de penser et non de réfléchir. Réfléchir à la longue empêche de penser. Genève n'existe pas. Certes, je ne nie pas ce que nous nommons : pierre, acier, câbles, tôles, des humains, des chiens, des accordéons... Mais Genève est une vue de l'esprit. Surtout ses banques où l'on est passé de l'abstraction de la monnaie à la démonétisation puis aux options sur des options d'options...
Il y a très longtemps Morgane avait enfermé des chevaliers dans le Val sans retour près de Néant-sur-Yvel. (Néant est le nom du ciel en breton). Ils y vivaient leur vie joyeusement oubliant qu'ils étaient dans un simulacre. Un jour en les délivrant, Lancelot leur montra la lande déserte et stérile. Ainsi allons-nous notre vie de la maison au bureau, connaissant le monde à travers l'écran de la télévision ou de l'ordinateur, combattant durant des années pour de nobles causes telles la progression du chiffre d'affaires. Voici le genre de chevaliers que nous sommes et le genre de Val sans retour où Morgane nous enferma.
L'affaire ne date pas d'hier. Il fut un temps où les hommes pensaient que la lune avait quelques centimètres de diamètre. Mais où chaque nuit ils ressentaient la profondeur du vide intersidéral. Un temps où la vue de la corde du pendu leur provoquait une douleur dans la nuque. Un temps où l'on réglait les différents à coups de bâton et non d'avocats. Ce monde, nous l'avons perdu. Nous y avons gagné quelques soucis en moins et une extraordinaire aptitude à nier la réalité. Depuis des siècles chaque invention nous éloigne un peu plus de la réalité.
De temps en temps, la tôle froissée par un accident de la route déchire nos chairs ou le coup de batte d'un voyou nous réveille un peu. Mais cela concerne surtout les autres et de préférence la télévision. Pour la majorité d'entre nous, c'est un décor ; pour ceux qui décident de notre sort, c'est une dentelle de statistiques, quelque argument qu'on se lance à la figure dans les joutes oratoires, des idées, des mots. Ainsi les banques, seraient-elles suisses ne deviennent réelles que lors des hold-up.
(extrait de Paris Genève, inédit)
Ainsi avançons-nous, aveuglés par un point ou un autre, reflétant des idées ou des croyances qui jamais n'auront la netteté du nom d'une banque. Certains esprits absolus prétendent qu'il suffirait de lever le nez pour avoir une information claire et précise. Ce sont les mêmes qui ne douteront jamais de la véracité d'un livre saint et affirmeront que le monde a été créé en sept jours, qu'Allah a dicté le Coran ou que Staline avait toujours raison. Des esprits plus scientifiques chercheront à reconstituer une image possible à partir des reflets éclatés. Mon opinion est qu'il faut attendre que le vent tombe.
Bien sûr, je n'aurais jamais aucune certitude concernant l'original. Mais calmer cette agitation quasi permanente qui trouble l'esprit est en mon pouvoir. Lever la tête serait une vaine entreprise car mes outils limiteront toujours ma perception du monde. S'éveiller au monde qui nous entoure, comprendre notre perception, augmenter notre champ de conscience. Voilà qui me semble possible.
Au fond, il s'agit de penser et non de réfléchir. Réfléchir à la longue empêche de penser. Genève n'existe pas. Certes, je ne nie pas ce que nous nommons : pierre, acier, câbles, tôles, des humains, des chiens, des accordéons... Mais Genève est une vue de l'esprit. Surtout ses banques où l'on est passé de l'abstraction de la monnaie à la démonétisation puis aux options sur des options d'options...
Il y a très longtemps Morgane avait enfermé des chevaliers dans le Val sans retour près de Néant-sur-Yvel. (Néant est le nom du ciel en breton). Ils y vivaient leur vie joyeusement oubliant qu'ils étaient dans un simulacre. Un jour en les délivrant, Lancelot leur montra la lande déserte et stérile. Ainsi allons-nous notre vie de la maison au bureau, connaissant le monde à travers l'écran de la télévision ou de l'ordinateur, combattant durant des années pour de nobles causes telles la progression du chiffre d'affaires. Voici le genre de chevaliers que nous sommes et le genre de Val sans retour où Morgane nous enferma.
L'affaire ne date pas d'hier. Il fut un temps où les hommes pensaient que la lune avait quelques centimètres de diamètre. Mais où chaque nuit ils ressentaient la profondeur du vide intersidéral. Un temps où la vue de la corde du pendu leur provoquait une douleur dans la nuque. Un temps où l'on réglait les différents à coups de bâton et non d'avocats. Ce monde, nous l'avons perdu. Nous y avons gagné quelques soucis en moins et une extraordinaire aptitude à nier la réalité. Depuis des siècles chaque invention nous éloigne un peu plus de la réalité.
De temps en temps, la tôle froissée par un accident de la route déchire nos chairs ou le coup de batte d'un voyou nous réveille un peu. Mais cela concerne surtout les autres et de préférence la télévision. Pour la majorité d'entre nous, c'est un décor ; pour ceux qui décident de notre sort, c'est une dentelle de statistiques, quelque argument qu'on se lance à la figure dans les joutes oratoires, des idées, des mots. Ainsi les banques, seraient-elles suisses ne deviennent réelles que lors des hold-up.
(extrait de Paris Genève, inédit)
05 décembre 2004
désordonné
Parfois le désordre du monde se retire comme la mer de la plage. L'ordre apparaît ; on découvre une relation que l'on peut comprendre : une affaire satisfaisante pour l'esprit et le cœur. Car l'ordre suppose une idée générale qui miraculeusement vous fait une sorte de tout de choses ordonnées. Rien n'est plus reposant pour la pensée. C'est le repos de l'inconstant voyageur. Mais rien n'est plus choquant pour l'esprit.
Même si les lois de l'univers semble à première vue s'écrire en langue mathématicienne comme si l'ordre de notre cerveau avait un pendant dans l'ordre des choses naturelles, seul le désordre est digne d'intérêt. Lui seul est facteur de mouvement. Le désordre n'est pas le chaos, c'est la respiration du monde.
En société, les esprits politiques, soucieux de préserver leur propre servitude, professent volontiers que l'absence d'autorité entraîne un désordre par essence néfaste. Ils ne semblent jamais se demander ce que produit l'autorité : une autre forme de désordre, sans doute, dont les choix ne sont que des renonciations à d'autres possibilités. Toujours la nature crée d'autres voies, d'autres pistes, un maximum de détails et de diverticules : qui dessinerait un arbre dans son entier ne suivrait pas son évolution pourtant apparemment si lente. Alors nous simplifions. Un peu moins de diversité, un peu plus de schémas, donc d'abstractions plus faciles à comprendre. L'autorité pour cela est d'une grande aide, elle dira quelles formes d'organisation méritent de vivre, qu'est-ce qui est autorisé. Elle tranche dans le multiple. Ce désordre-là est infécond. Il a le goût du néant.
Même si les lois de l'univers semble à première vue s'écrire en langue mathématicienne comme si l'ordre de notre cerveau avait un pendant dans l'ordre des choses naturelles, seul le désordre est digne d'intérêt. Lui seul est facteur de mouvement. Le désordre n'est pas le chaos, c'est la respiration du monde.
En société, les esprits politiques, soucieux de préserver leur propre servitude, professent volontiers que l'absence d'autorité entraîne un désordre par essence néfaste. Ils ne semblent jamais se demander ce que produit l'autorité : une autre forme de désordre, sans doute, dont les choix ne sont que des renonciations à d'autres possibilités. Toujours la nature crée d'autres voies, d'autres pistes, un maximum de détails et de diverticules : qui dessinerait un arbre dans son entier ne suivrait pas son évolution pourtant apparemment si lente. Alors nous simplifions. Un peu moins de diversité, un peu plus de schémas, donc d'abstractions plus faciles à comprendre. L'autorité pour cela est d'une grande aide, elle dira quelles formes d'organisation méritent de vivre, qu'est-ce qui est autorisé. Elle tranche dans le multiple. Ce désordre-là est infécond. Il a le goût du néant.
26 novembre 2004
épicurien
On le pense porté sur les plaisirs en tous lieux, en tous genres... Ecoutons Epicure : "Tout plaisir pris en lui-même et dans sa nature propre est un bien" Mais aussi "c'est un grand bien que de se suffire à soi-même, non qu'il faille toujours vivre de peu, mais afin que si l'abondance nous manque, nous sachions nous contenter du peu que nous aurons" (Lettre à Ménècée, 129)
Et encore ... "Bien qu'on puisse jusqu'à un certain point se mettre en sûreté contre les hommes au moyen de la force et de la richesse, on obtient cependant une sécurité plus complète en vivant tranquille et loin de la foule." (Maxime fondamentale XIV)
Et pour finir aujourd'hui ..."la mort n'est rien pour nous, car ce qui est dissous est privé de sensibilité, et ce qui est privé de sensibilité n'est rien pour nous." (Maxime fondamentale I)
Et encore ... "Bien qu'on puisse jusqu'à un certain point se mettre en sûreté contre les hommes au moyen de la force et de la richesse, on obtient cependant une sécurité plus complète en vivant tranquille et loin de la foule." (Maxime fondamentale XIV)
Et pour finir aujourd'hui ..."la mort n'est rien pour nous, car ce qui est dissous est privé de sensibilité, et ce qui est privé de sensibilité n'est rien pour nous." (Maxime fondamentale I)
23 novembre 2004
matérialiste
L’économiste est en général distingué comme l’officier fut naguère toujours sémillant ; le matérialiste, lui est qualifié de grossier. On l’accuse volontiers de goinfrerie, d’égoïsme ou d’immoralité.
Dressé au fond de cette vallée de larmes, les deux pieds plantés dans la glèbe, il est debout et joyeux. C’est cette joie, cet amour du monde qui est intolérable aux bien pensants.
Ici et maintenant dans un monde auto créé, auto organisé, éternel, il se contrefiche de l’hypothèse d’un monde supérieur. Il n’a donc de comptes à rendre à personne. Il est responsable de ses actes et sait que les hommes ont le monde en charge. Bref, il rigole et n’a pas froid aux yeux.
Dressé au fond de cette vallée de larmes, les deux pieds plantés dans la glèbe, il est debout et joyeux. C’est cette joie, cet amour du monde qui est intolérable aux bien pensants.
Ici et maintenant dans un monde auto créé, auto organisé, éternel, il se contrefiche de l’hypothèse d’un monde supérieur. Il n’a donc de comptes à rendre à personne. Il est responsable de ses actes et sait que les hommes ont le monde en charge. Bref, il rigole et n’a pas froid aux yeux.
14 novembre 2004
soixante-huitard
Le suffixe « ard » est péjoratif mais il a l’avantage d’introduire « attardé ». Effectivement je regrette que nous n’ayons pas été assez modernes, empêtrés dans les vieilles lunes : Marx, Lénine, Trotski, Mao… et le culte de la barricade révolutionnaire, l’amour de nos pères et de la Résistance. Cela nous a un peu lesté de plomb. Mais pour le reste nous avons fait du bon travail: nous avons libéré (ou permis de libérer) l’amour du mariage obligatoire, de l’avortement clandestin (que Foyer, ministre, considérait comme le châtiment du plaisir), du viol impuni devant les tribunaux et de la chasse aux pédés. Nous avons permis aux salariés de se sentir fier une dernière fois dans l’histoire ( ?) avec le smig, les augmentations de salaire et le droit syndical. Nous avons libéré les enfants du pouvoir absolu des enseignants et des parents et introduit la mixité dans les écoles. Nous nous sommes battus (sans violence ou presque) contre l’obligation sinistre de croire que le monde est une vallée de larmes. Nous avons milité pour le droit imprescriptible au bonheur. Seuls les plus réactionnaires sont encore capables de contester cet héritage. Mais ils le font, et tous ne sont pas intégristes. Ecoutons un moderne, cité par Le Monde du 9 novembre 2004 : « Il faudra tourner le dos à toutes ces années où les valeurs ont perdu leur sens, où il n’y avait que des droits et jamais de devoir, où personne ne respectait plus personne, où il était interdit d’interdire ». Il s’agit de Nicolas Sarkozy. Ecoutons l’ex-ministre Ferry cité dans le même article de Laurent Greilsamer : « l’individualisme (…) a précipité l’école dans la crise, en valorisant l’innovation au détriment de la tradition, l’authenticité aux dépens du mérite, le divertissement contre le travail, et la liberté illimitée en lieu et place de la liberté réglée par la loi. » Attention, la bête immonde hérisse son poil.
08 novembre 2004
ennuyeux
Tout au long des jeudis sans fin et des soirées sans télévision, durant toute mon enfance, j'ai appris à m'ennuyer. Ainsi venait le goût des livres.
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